Dans ma série dostoïevskienne “Débusquons les Possédés”, après Barton Fink et les surréalistes louanges des commentateurs professionnels, je voudrais revenir, à travers Finkielkraut, sur la notion de “limites” d’une théorie et plus généralement sur la rhétorique progressiste.

En premier lieu, je me suis souvenu d’un bouquin d’Hirschman (Deux siècles de rhétorique réactionnaire) et de plusieurs sujets sensibles.

[A ce propos, l'adjectif sensible dans son concept est très intéressant. Un dossier sensible, c'est un dossier qui en dehors des sphères spécialisées susciterait des réactions démesurées, hâtives, contre-productives. Car le sujet n'est pas maîtrisée par l'immense majorité des éventuels ayant-entendu. Alors, on le cantonne à des sphères spécialisées. Si le Breton de TF1 nous apprend qu'un escadron de Mig russes chargés aux ogives nucléaires et réparés au coup de clé à la molette par des mécanos carburant à la Vodka depuis le biberon est en train de prendre l'air au dessus de Paris, le Bobo moyen ira communier pour la dernière fois dans un café quelconque branchouille quand le Suisse irait tranquillement se réfugier dans son abri. Question de point de vue. La grosse tête de la DGSE, quant à elle, passera tranquillement un coup de fil à Clémentine Autain qui se fera un plaisir de remplir sa mission citoyenne en faisant jouer ses résaux moscovites pour que cela cesse. Un sujet sensible en politique (l'immigration par exemple) est donc par essence un sujet non-démocratique dans une République qui prétend l'être. Il est considéré comme inapte au jugement des citoyens -imbéciles- parce que sensible. Comme la Constitution UE qu'on nous repasse. Lu dans Le Point de cette semaine, Kouchner, faisaint un briefing au gratin économique FR, explique, tranquillement, que le boulet de la France pour la Présidence c'est le NON au referendum. J'espère que vous avez degusté ce referendum sur l'UE car ça ne se reproduira plus. Cf la commission dite Balladur et les propositions de Jouyet. Le discours "on nous ment, les chiffres sont truqués" n'est donc pas populiste mais simplement conséquent de la sensibilité du sujet. Un sujet sensible est reservé aux sphères spécialisées suffisament compétentes pour ne pas paniquer. Et la panique républicaine, c'est de ne pas voter UMPS. Alors, c'est sensible, c'est reservé. Et ça vote UMPS. ]

Bref.

Hirschman considère qu’un des grands classiques de la rhétorique réactionnaire est de pointer les défauts/limites d’un progrès social. Exemple-type, la démocratie. Plus contemporain, les 35h. Le réac dira que ça ne sera pas un progrès pour plusieurs catégories de travailleurs. Alors, le progressiste, créera différentes catégories voire différents statuts pour les fonctionnaires ou plus généralement différentes conventions collectives afin qu’un amas de situations différentes se coordonent vers une finalité unique : les 35h. La démocratie ne peut marcher dira le réac car c’est l’intronisation des imbéciles, le progressiste éduquera les masses pour que le Citoyen ait un avis éclairé (!) etc

Donc, selon Hirschman, c’est un grand classique des réacs de souligner une série de situations particulières, une série de problèmes particuliers pour jeter le discrédit sur une solution globale -progressiste. L’extrait lu sur Stalker qui m’a mis sur la voie :

Le directeur adjoint de la rédaction des Inrockuptibles, aveuglé par son arrogance et ses a priori politiquement corrects, notait chez Finkielkraut des tares qu’il pouvait s’attribuer d’abord à lui et à ses amis. Notamment, le fait de voir la réalité des banlieues à travers les idées et non les faits.

C’était à l’époque de la révolte ethnico-religieuse de Finky. Globalement, le progressiste des Inrocks reproche à Finky de généraliser son constat. Alors qu’il existe tout un tas de situations particulières. Sa théorie n’est donc pas bonne car elle n’est pas valable sur l’ensemble de l’intervalle. Vous savez, vous avez toujours un imbécile anti-raciste de base qui vous dit qu’il a vu des Blancs dans les émeutes. Donc, c’est de la généralisation raciste de dire qu’il s’agissait d’émeutes ethnico-religieuses car il y a des faits contredisent cette théorie.

Voilà.

En réalité, la typologie de la rhétorique réactionnaire d’Hirschman, au moins l’idée de la disqualification d’une théorie/solution/proposition générale par un exemple particulier, n’est certainement pas propre aux réactionnaires. Du temps de de Maistre, peut-être, pas aujourd’hui. Je dirai que ce qu’il attribuait aux réactionnaires est en réalité une marque de fabrique contemporaine des progressistes plus qu’un instrument de rhétorique générale.

Prenez Finky et sa qualification d’ethno-religieuse. Finky pointe une majorité : les émeutiers, fils d’immigrés (et chance pour la France me murmure-t-on dans l’oreillette). En usant d’un qualificatif aussi restrictif qu’ethnico-religieux, il fait plus que pointer. Il majore, il ne prend que cet échantillon en compte. Néanmoins, cet échantillon est archi-majoritaire. Autrement dit, en parlant d’ethnico-religieux, Finkielkraut majore la majorité et minore la minorité. Entre nous, ça me semble plutôt honnête intellectuellement.

Et voilà que le progressiste professionnel nous dit : Fasciste ! il y avait au moins 4% de Blancs, càd il n’y avait pas d’uniformité, càd vous faîtes de l’amalgame, càd vous êtes un affreux réactionnaire. CQFD. Nous sommes ici en plein dans ce qu’Hirschman attribue aux réactionnaires. Times are changin’ comme dit Bob. En effet, ce que nous dit la bonne conscience revient ni plus ni moins à minorer la majorité (non il n’y avait pas que des fils immigrés) pour majorer la minorité (vous faîtes dans l’amalgame, quand j’allais dialoguer avec les jeunes en situation de détresse sociale, en échange de mon Blackberry, j’ai vu des Blancs). Le tout en vue de disqualifier la théorie de Finkielkraut. C’est plus que de la rhétorique, ce sont des mathématiques. Finkielkraut découvre une fonction, le gauchiste larmoyant pointe une petite partie de l’intervalle de référence et dit qu’elle n’est pas valable sur celle-ci. OK. Sauf que ce ne sont pas des mathématiques et que la sociologie d’Etat française made in EHESS, nous gave de théories fumeuses depuis des lustres avec des séries statistiques ridicules tant l’échantillon est minime ou la récurrence est annecdotique. En clair, c’est de la mauvaise foi.

Autre exemple. Vu sur une chaîne cablée FR dont je ne me souviens plus. C’était au sujet du suivi ADN pour le regroupement familial. Un représentant d’une assoc subventionnée pro-décadence, supportrice des immigrés, du moins tant qu’ils ne viennent pas dans son quartier d’enculturés mondains, nous dit, tenez-vous bien, qu’il y a le cas des familles adoptives. CQFD. A Marseille, il est en effet fréquent de voir débarquer les familles africaines avec des petits bridés ou blancs. France 2 se penche actuellement sur ce phénomène qui intéressera également les doctorants de l’EHESS. L’adoption chez les familles immigrées est un problème récurrent. C’est de notoriété publique. La solution globale de l’ADN est donc inappropriée.

Voilà, donc, le gauchiste soulève une petite exception à la con pour discréditer une solution plus globable. Vous savez, c’est comme quand il est sujet de l’immigration, vous avez toujours une rondouillette de 40 ans, retraitée de l’Education Nationale ou un avocat aux lunettes carrées qui vous pointera le problème des immigrés travailleurs (5% de l’immigration française) ou des couples internationaux, globalisés et métissés. Grosso modo, 10% de l’immigration.

Les exemples sont innombrables. Tout le temps, le gauchiste, va pointer une exception. Ce n’est évidemment pas de la rigueur statistique, c’est de la mauvaise foi.

Dans un intéressant article du Point de cette semaine (que je vous recommande vraiment, ne serait-ce que pour l’aberrante chronique de BHL et son clash avec Millet, j’y reviendrai) sur le phénomène ethnique des bandes, palpable et évident depuis au moins 5 ans, c’est ni plus ni moins ce que répète Lucienne Bui Trong, normalienne, ex-reponsable de la section Ville et banlieues des RG. Sans être aux RG, il est évident chaque jour que les racailles forment des clans ethniquement uniformes, que les blacks vont casser du blanc, que les blacks et les beurres se font la guerre etc Seulement, ça ne colle pas avec le diktat Black-Blanc-Beur et les poncifs habituels sur les bienfaits du métissage intégral et de l’immigration, chance pour la France. Alors, nous explique Mme Bui Trong, il était d’usage de mettre du blanco sur ces constats dans les rapports des RG. La façade oui, l’arrière-boutique, non.

Cette capacité à masquer les faits objectifs pour faire de la théorie, de l’abstraction, c’est-à-dire ce qu’il est d’usage de nommer politiquement correct, est un véritable cancer dans ce pays. Bon, Nietzsche a déjà tout dit sur l’idéologie, blanco quotidien de la vérité, du réel (encore plus que le mensonge, c’est d’ailleurs le sens exact du nihilisme avant qu’il ne soit détourné par le plus que jamais bénéfique accès à la Culture) mais l’outrageuse capacité d’abstraction de ces imbéciles gauchistes est un supplice au quotidien.