octobre 2007


Quelqu’un connaît-il le contenu de cette curieuse qualification juridique nommée Consentement à l’horrible ?

J’ai lu ça sur le net et je ne trouve pas d’explications serieuses. Il semblerait que ce soit une création jurisprudentielle taillée sur mesure pour Le Pen. En tout état de cause, cette qualification juridique me laisse sans voix. On peut difficilement faire plus novlang comme terme et c’est clairement une boîte de Pandore susceptible d’ouvrir une autoroute à la subjectivité du juge. Et je ne me fais guère d’illusion sur l’épaisseur intellectuelle des juges, leur honnêteté et leur capacité à mettre entre parenthèses leurs inclinaisons politiques. Autrement dit, une justice arbitraire. Ca sonne très soviétique l’idée de consentement à l’horrible.

Des infos ?

J’ai en effet des sueurs froides et en bon Citoyen je ne tiens pas à ignorer le droit; je crois en effet avoir consenti à l’Horrible non-Citoyen plusieurs fois dans ma vie. Je vais planquer des bouquins sous les lattes du parquet. A l’inverse, peut-on avoir des points de citoyenneté (pour passer les concours, obtenir des promotions etc) si l’on consent au Bien Citoyen et qu’on le fait savoir ? Achats et promotions de voitures hybrides, hébergement de Citoyens du monde, métissage comme preuve de Tolérance, adhésion à des associations Citoyennes, signatures de manifestes Citoyens, vigilance Citoyenne etc

Un ordre juste comme le nôtre se doit d’accorder la Miséricorde à ceux qui, par leurs lectures par exemple, ont au moins une fois consenti à l’Horrible. La lecture de ceux qui ont consenti à l’Horrible n’est-elle pas un aveu de consentement à l’Horrible ? La conscience Citoyenne, la distance Citoyenne plaiderais-je si j’étais avocat mais on me rétorquera qu’elle ne suffit pas et que certains bouquins de Céline sont par exemples introuvables, preuve que la République ne mise pas toujours sur la conscience Citoyenne. Pour avoir lu du Céline ou du Drieu, on risque de prendre combien ? L’avocat pertinent notera néanmoins que la République et sa Justice ne considèrent pas l’Horrible comme une valeur absolue. L’individualisation de la peine, sans doute. Suffit pas d’avoir fait couler du sang. Avoir déclaré que l’URSS avait été globalement positive, vêtir des uniformes soviétiques, faire l’apologie des Brigades Rouges c’est prescrit au bout de 24 heures ou exempté, semble-t-il. L’exception juridique française, sans doute.

Un extrait de The Barber, the man who wasn’t there où Tony Shalhoub (Monk et l’éditeur dans Barton Fink), personnage génial 100% coenesque interprètant le rôle d’un avocat disons inspiré (le film mérite d’être vu ne serait-ce que pour ce personnage), nous parle du principe dit d’incertitude, principe physique d’une puissance physique et philosophique assez bluffante. Il y a des contre-vérités dans l’idée de plaidoierie de l’avocat mais 1) c’est du cinéma 2) c’est un avocat. CQFD. Vous remarquerez la photo mystique très réussie type Oracle des Dieux où l’on entrevoit la lumière (la lumière est artificielle, on jurerait pourtant le soleil et ses rayons) signée Deakins.

Une autre scène, L’avocat et le coiffeur :

Sur la chaîne des cultureux, j’ai vu ce soir LE film cultureux contemporain, Mulholland Drive. LE film de David Lynch, LE cultureux bien-pensant par excellence. Nous sommes là au coeur de la matrice.

Au préalable, petite précision. J’avais ce film psycho-anthropologico-psychatro-socioloco-freudien comme on dit dans Libé en DivX sur le disque dur interne, c’est-à-dire le disque des losers, le disque où ne figurent que ceux qui n’ont pas eu accès à mon externe, mon trésor.

Mulholland drive, donc. C’est nian-nian, dégoulinant de bons sentiments, facile et tellement convenu. En outre, ce film a ce côté 100% cultureux occidental qui m’insupporte, ce côté subversif subventionné, rebelle en se moquant du Pape (et en baissant les yeux dès qu’un barbu les lève), progressiste en défilant à la Gay Pride. Les machins archi-convenus et complètement has been. Être vraiment subversif, c’est appeler son fils Regis, Louis ou François, réclamer la guillotine sur la Place publique d’un responsable syndical, déguster un jambon-beurre (pas de mauvais jeu de mot) en pleine journée dans le 93 au mois d’Octobre et lire de Maistre un 14 Juillet. Ca ça en jete et c’est carrément subversif !

Mais l’anti-cléricalisme, le fumeur de pétard, l’homosexualité insolente etc, non, c’est du déjà vu.

Donc pour le subversisme de pacotille, on a du 100% Lynch. Des lesbos, une critique que l’on voit venir à des KM d’Hollywood, une critique des dominants, une critique de la religion (le Livre noir où tout les secrets résident de mémoire dont l’accès suscitera un carnage, je l’ai interprété ainsi mais je n’ai pas cherchés d’élement extérieurs confirmant ou infirmant mon propos) etc

Silencio, le silence des faibles. Le rêve comme revanche freudienne. La petite provinciale surdouée qui entre dans le système hollywoodien. Qui prend sa revanche sur le mâle dominant qui lui a piqué son désir sexuel. Mâle dominant qui perd ses certitudes en se faisant tenir par les ******** par un cow-boy qu’il snobe avant de faire dans son froc. Bref, la revanche des faibles qui jusqu’ici encaissaient. On note déjà ici la subtilité et l’originalité du message. De Broca ne faisait-il pas dire à Bébél dans l’excellent Cartouche :

Ils n’ont que la vengeance à la bouche et ils s’étonnent de rester pauvres…

Un film intellectuel, qu’on nous dit.

Je passe outre le côté freudien à deux balles du film, ça ne fait rêver que les lycéens qui découvrent la philo.

Déjà, je suis attérré par le film hyper-complexe-pas-pour-les-simplets-han-j’halucine que l’on m’avait présenté. Faut globalement être crétin pour ne pas comprendre la platitude du film et son message qui je le répète, est archi-déjà-vu. Je vous conseille les critiques spectateurs d’Allo Ciné (une bonne idée du spectateur moyen) si la critique de la démocratie et de l’intelligence collective vous laissent encore sceptiques.

Je ne m’étalerai pas, donc. C’est un film pseudo-subversif, qui n’innove réellement que parce qu’il use du support du rêve et bénéficie de tout le fantasme freudien qui gravite autour (relayé à grands tirages par les torchons pour femmes modernes).

Deux points positifs malgré tout. La BO et évidemment Laura Harring.

Je conseille donc vivement de regarder The Man Who wasn’t there des Frères Coen, sorti la même année et en concurrence avec Lynch à Cannes, qui est un pur chef d’oeuvre esthétique (la réal’ en noir et blanc est vraiment sublime) et qui reste un excellent film sur le thème de ceux qui font l’Histoire et ceux qui la subissent, ceux qui quoiqu’ils fassent se laissent entraîner par des vents structurants irréversibles. Notre capacité à interagir sur notre quotidien (illustré fréquemment par le retour du militaire), l’absurde. Thème politique (le Progrès, le volontarisme) et thème nietzschén récurrent : dans le cinéma de Les plus belles années de notre vie au personnage moderne du loser, de l’antihéros ; dans la littérature du Colonel Chabert à l’Etranger. A ce sujet, The Man Who Wasn’t there est un plagiat scénaristique assez éhonté de l’Etranger mais c’est bien mieux que Nian Nian Drive, non ? Et en plus, vous verrez la progressiste Scarlett Johansson en pianiste -supposée surdouée - jouer du Beethov’ (dont les sonates hantent le film, sublime) alors soyons serieux…

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