Le but que le roi s’était fixé était de supprimer la cinquième colonne islamique du sud de l’Espagne qui avait, les années précédentes, prêté la main à la flotte turque et aux corsaires barbaresques. Il avait atteint ce résultat, mais il avait du même coup propagé l’insécurité dans l’ensemble de l’Espagne, où les morisques étaient désormais partout présents. Ils proliféraient à Valence, à en croire les anciens habitants, et, grâce au nombre croissant de leurs enfants, menaçaient de supplanter rapidement les chrétiens. En Catalogne, ils s’agrégeaient aux bandits qui mettaient la région à sac et s’entendaient au-delà des Pyrénées avec les protestants français. En Andalousie, ils fomentaient, disait-on, une conspiration pour s’emparer de Séville, Cordoue, Ecija, et en faire des places musulmanes.

Philippe continue pourtant de croire que la pays chrétien parviendra à assimiler ces populations d’origine islamique. Il se refuse à envisager la solution extrême proposée par ses conseillers en 1582 puis 1592, à savoir l’expulsion des morisques vers le Maghreb, solution à laquelle se ralliera son successeur. Toujours persuadé que la résistance des anciens musulmans vient de leur méconnaissance du christianisme, il autorise en 1596 une action de grande ampleur dans le royaume de Valence: chaque diocèse devra envoyer vers les communautés morisques douze prêtres parlant arabe, dirigés par un religieux qui aura fait ses preuves dans la conversion des Indiens. Le vieux continent ne saurait rester en retard par rapport à l’ Amérique : il faut éliminer les foyer de résistance à la vraie foi. En cas d’échec, on aura recours à l’Inquisition pour prendre le relais des missionnaires.

Ivan Cloulas, Philippe II, Fayard.

Via ILYS