Tâchons de rattraper le tort causé par l’autre indifférencié(e) rappeu(se).
Je suis vraiment fan du multi-dimensionnel Bob Dylan. Y’a pas, c’est un bon. Aussi vais-je lire ses Chroniques. Je suis navré pour ceux qui le haïssent ou ceux qui le connaissent mais il faut absolument ne pas passer à côté, c’est comme l’immigration chance pour la France, faut que vous l’ayez entendu une fois dans votre vie. Des fois qu’ça prenne…
Une de mes préférées (si après une telle production, l’idée de classement a encore un sens) est la classique A hard rain’s gonna fall. Une chanson bukwoskienne au possible. A ce sujet, si Will Smith n’avait pas fait son caprice negro spiritual avec Bob Marley, cette chanson eût été beaucoup plus adaptée pour le film I am legend -médiocre au passage.
Dans un autre registre, Pressing on, ma préférée de son époque chrétienne. Toujours dire à quelqu’un qui dit aimer Dylan (grosses probabilités qu’il soit un gauchiste) que vous adorez sa période chrétienne. Ça l’agacera et ça fait toujours plaisir de taquiner un crétin laïciste (pléonasme). Pressing on, donc. Il chantait cette chanson à chaque fin de concert, comme pour mieux leur dire de fermer leurs grandes gueules – à ces cons ! Thème récurrent de Dylan que celui des lamentations de l’Amicale des aigris, déclassés, ratés, perdants et autres inutiles qui nous intoxiquent avec leurs inavouables rancunes et leurs encombrantes angoisses. Faut les faire taire ces gens-là !
Many try to stop me, shake me up in my mind,
Say, “Prove to me that He is Lord, show me a sign.”
What kind of sign they need when it all come from within,
When what’s lost has been found, what’s to come has already been?
février 21, 2008 at 1:42
Hélas, les Chroniques de Bob Dylan sont nulles, vides, ennuyeuses, pédantes. Ca ne sert à rien d’écrire une autobiographie si c’est pour en dire aussi peu sur soi.
février 21, 2008 at 3:03
A dire vrai, ça ne m’étonne pas du personnage.
mars 3, 2008 at 4:23
Je suis fan de Dylan, de gauche et, comme tu aimes à le dire, laïciste. J’aime pourtant l’album Slow Train Coming, mais avouons que sa période chrétienne n’est pas celle où il semblait le plus en mesure de saisir la créativité qui lui venait.
“Crétin laïciste”, disais-tu. Belle preuve de tolérance, hein ?
Concernant les chroniques, il fallait être bien peu lucide, ou bien peu connaisseur de Dylan, pour espérer qu’il put révéler quoique ce soit de vraiment nouveau à son propos. Elles sont bien écrites, par la personne la mieux placée pour parler de ce qui est évoqué, je trouve que c’est déjà pas mal, non ?
mars 4, 2008 at 1:33
Hi, fan de Dylan,
Rapidement, Dylan est avant tout un formidable réceptacle de tout ce qui a fondé la culture US.
Dans une de ses rares interviews intéressantes, il dit clairement que sa musique vient des vieux chants de pionniers qui se transmettaient oralement ; le mythe et le récit pour les poètes. Pour le citer mot à mot il dit quelque chose comme l’ancêtre de Dylan était un rustre au fin fond de l’Ecosse. D’ailleurs, chose marrante, je me souviens avoir vu sur la BBC un reportage avec le Sikh discriminé positivement qui présentait le village d’origine écossais de la lignée du King Elvis.
Donc quand j’entends causer de créativité, de révolution à son sujet, je sursaute. Ce mec a su magnifier ce qui existait, innover sans abolir pour reprendre un bon mot d’un colombien pas franchement marxiste. Il est conservateur dans un sens.
Alors, le Dylan révolutionnaire, c’est du flan. Tout comme le Dylan politique, ça il l’a dit aussi explicitement. Ce qui fait au passage dire à certains que ce mec est un opportuniste né. Bref, moi ce que j’aime chez Dylan c’est que j’ai l’impression d’être en harley sur la 66 à chasser le corbeau pour reprendre une scène des frères Coen. J’aime les gens qui savent faire avec de l’ancien, je n’aime pas les abolitionnistes, les progressistes, les terroristes qui à chaque fois se sentent obligés de passer par la destruction (des Tuileries au WTC, lisez les argumentaires de Robespierre pour couper la tête du Roi) ou l’extermination pour se sentir révolutionnaires, créateurs. Casser les codes, les lois constitutives d’un sens n’a jamais été la preuve d’une grande créativité, au contraire serait-ce plutôt la lâcheté caractéristique de celui qui considère comme conformisme ce qui est censé et approuvé par les temps.
Dylan n’a jamais rien aboli et a tout recyclé. Alors, sa période chrétienne, n’a peut-être pas été un moment-clé de l’Histoire du gospel mais au moins a-t-il exploré ce qui existait sans rien dénaturer, en innovant. Et en toute cohérence avec la culture US qui, si vous faites bien attention, constitue de A à Z l’oeuvre de Dylan. Et ça, c’est la marque de ceux que j’aime.
avril 2, 2008 at 3:06
Si je peux comprendre ton analyse et en être souvent d’accord, il est un point sur lequel je ne te rejoins pas.
En effet, s’il n’a jamais été un révolutionnaire sur le plan musical, il l’aura été par bien d’autres points. Ses textes, bien sûr. Qui, à l’époque, mêlait poésie parfois rimbaldienne à des chansons rock (au sens large du terme) ?
Sa tournée de 66 ensuite, totalement révolutionnaire. De par ce set rock, souvent violent, que précédait un set acoustique. Il n’a pas non plus attendu 67 pour se mettre au LSD et autres drogues qui lui auront probablement permis bien des choses sur le plan artistique.
Enfin, Like A Rolling Stone n’est-il pas un des singles les plus révolutionnaires de l’histoire du rock ?
Dernière chose : Dylan se plaît à dire qu’il n’a jamais vraiment été un protest singer, ce à quoi je crois. Mais les “Blowin’ In The Wind” “A Hard Rain’s A-Gonna Fall”, etc., étaient bel et bien des protest songs, hautement politiques, qu’il prenne position ou non n’est pas le problème. Je ne crois pas en un quelconque opportunisme, ce n’était pas vraiment porteur, à l’époque, comme musique. Il l’a rendue vendeuse.