février 25, 2008
Decadence now
Posted by Charles under Bon goût, Cinéma, Histoire du déclin français, Les Boboïdes associés, What else ?Les frères Coen remportent 3 oscars pour un film sans histoire d’amour, sans musique, sans chapeaux et sans effets spéciaux. Le film illustrant la décadence de la société américaine -occidentale, je dis oui !
Seuls le Parrain, Titanic et la Garçonnière ont réuni à eux seuls 3 oscars. Le budget de NFCOM devant être ridicule puisqu’ils tournent en un rien de temps car ils préparent tout jusqu’au moindre détail (angle de prise de vue etc) avant. Ces mecs font péter les records puisqu’ils ont été les seuls à avoir 4 nominations sur leurs noms en une cérémonie et sont aussi les seuls de l’histoire du cinéma à avoir reçu 3 palmes dont une d’or pour un film (Barton Fink, évidemment).
Alors, que dire d’autre ? Que ces yuppins sont clairement au-dessus du lot, que contrairement à ce que certains aigris pensent, je crois qu’ils sont tout sauf overrated (l’insulte fashion en terre anglo-saxonne) et bien au contraire il y a des preuves matérielles qui montrent que certains jury se sont bridés (notamment Cannes pour NCFOM) car ça la fout mal de les asperger de champ’ à chaque Festival de Cannes (je vais peut-être y aller cette année grâce à un opportunisme que ne renierait pas Sarkozy) et puis bon il faut toujours arroser un peu les films français de bobo dépressifs.
Ils sont au-dessus du lot, parce qu’ils ont clairement du génie, du moins Ethan (ses nouvelles sont dignes, sans déconner, d’un Hemingway), parce qu’ils font bosser des quasi-inconnus (Scarlett Johansson à 17 ans, Frances McDormand -devenue la femme de Joel-, le barber, John Goodman, Turturo etc bon évidemment leur prochain réunira Clooney et Pitt, ils ont déjà bossé avec Clooney, Zeta-Jones etc), parce qu’ils sont de gros lecteurs de littérature sudiste et je vous rabâche qu’il n’y a plus que ça, parce qu’ils sont fans de vieux ciné français (je ne sais plus qui mais l’un d’eux disait avoir une affiche de Mon oncle dans son bureau) et ça fait toujours vibrer la fibre patriotique à défaut d’avoir de bons directors dans nos contrées, parce qu’ils sont de gros bosseurs (ils disaient dans je ne sais plus quel Charlie Rose avoir un ratio de seulement 1/10 sur le nombre de films menés à bout sur le nombre de scenar story boardés, déjà prêts etc par exemple Intolérable cruauté, leur plus gros raté, faisait partie d’un lot de films déjà prêts qu’ils avaient présenté et leur producteur -le seul film qu’ils n’ont pas produit est une daube, ça veut dire quelque chose non ?- qu’on imagine inculte et gras du bide voulait un truc un peu girly, un peu nian nian sur les relations homme/femme etc donc il a pris ça), parce qu’ils sont vraiment drôles, parce qu’ils sont dans l’autodérision, la critique, la partie de ping pong entre le Corps et l’Esprit qui a fait la spécificité de l’esprit d’Occident (très chrétien -la pierre de l’Eglise, la Trinité etc- et très palpable dans NCFOM, la plénitude des paysages -sublimissimes, vraiment- texans, la serenité de la Terre contre l’agitation de l’Esprit, le poisson pourrit par la tête, les paysages sont imperturbables quand il n’y a que des perturbés sur terre, la laideur humaine -ils boitent tous, sont suants, laids, ridicules, méchants, cons comme des manches, obèses etc- évoluant dans la beauté des paysages… Quand les frères Coen disent que les paysages texans sont le 4ème personnage de NCFOM, c’est pas de la poésie endimanchée de bobo romantique, c’est vrai), parce qu’ils ne font pas du cinéma pour bobo (NCFOM par exemple est l’antithèse du cinéma bobo, Barton Fink dénonce le théôtre -puis cinéma- bobo etc) et parce que contrairement à moi ils savent faire des phrases courtes (quand je vous disais Hemingway).
Je ne voudrais pas vous emmerder, d’autant qu’ils sont yuppins et je sais que ça peut énerver certains, mais vraiment ils sont parmi les rares non-médiocres de notre époque alors ça serait con de passer à côté.
Donc, si vous voulez visez un peu ça car la notice wiki FR est une merde de bobos-cahiers du cinéma. Le petit speech sans intérêt puisqu’ils ne dévoilent jamais rien. Pour ceux qui comme moi avant la découverte de Kusturica et des Coen n’en n’avaient globalement rien à foutre du cinéma, ils vous inviteront à changer d’opinion. I hope so.
Autrement, Marion Cotillard interprétant une des premières bobo dépressives typically chanson française ? On s’en branle.
Et je suis fier d’avoir écrit 20 lignes sur les Oscars des Coen Bros et seulement une sur celui de Marion Cotillard. Je dois être le seul dans la blogosphère française à faire ainsi. Et je n’ai certainement pas l’impression d’être antifrançais enjuivé (je sais que ça emmerde certains droitards complètement à côté de la plaque de parler de gens qui se nomment Coen).
La France de Marion Cotillard, c’est la pire, c’est la bohème, c’est celle qui vote Delanoë, c’est celle qui comme disait Soral va bientôt payer des acteurs pour qu’ils jouent aux vitriers, mécanos et plombiers, la Gitane au bec et le Bleu de travail en mémoire des titis peints par Audiard, c’est la France déjà morte, c’est la France des antiquaires (je connais bien ce milieu et c’est toujours drôle de voir qu’ils sont tous 100% bobos, ce sont les pires, les grands salons se font à la Mutualité par exemple… bref ceux qui, antiquaires, connaisseurs, archivistes de la grandeur française, a priori auraient l’habitus du bon vieux conservateur sont en réalité les pires bobos démagogues, hypocrites, pétés de fric grâce aux US qu’ils détestent… Leur idéologie du renoncement font d’eux de véritables décadents morbides et c’est ainsi qu’ils se retrouvent à aimer ce qui va disparaître… Ai-je été clair ? Je ne le crois pas), c’est la France qui nous a tué, qui a coupé la tête du Roi et ainsi toute transcendance et qui pourtant au salon du Mariage Oriental (sisi ça existe en France, vu sur le Parisien) s’exclame devant ces cultures qui ont conservé le vrai, qui ont toujours un sens du sacré etc qu’ils osent dire ces enfoirés de laïcistes matérialistes tâteurs de guillotine bref ce n’est même pas la France, c’est la République selon la Désincarnation Citoyenne ou en tout cas c’est la France qui meurt.
février 25, 2008 at 8:09
Vous mettez le doigt sur un truc fondamental, Charles: Il n’y a aucune contradiction entre le fait d’être pour la fin de la France et de vénerer son folklore et sa tradition. Ils vont voir la France au cimetère, ou au cinéma.
(Vous avez vu, je vous ai emprunté une phrase dans un billet sur PDV.)
février 25, 2008 at 8:35
Il n’empêche, si je suis tout à fait disposé à reconnaitre le talent des frères Cohen (qu’ils soient juifs ou pas, effectivement on s’en tape), il me parait dommage de ne pas remarquer que Marion Cotillard a tout de même réussi quelque chose qu’aucun des monstres sacrés du cinéma français n’avait réussi à faire. Tout de même, ça vaut la peine d’être salué.
Alors, peut-être que l’oscar n’est à imputer qu’à l’appétance des américains pour Edith Piaf, reste que c’est pas demain la veille que les Français récolteront d’autres oscars.
Non, le plus ironique dans l’histoire, c’est cette espèce de “je t’aime, moi non plus” entre le cinéma français et américain. On passe tout notre temps à déblatérer sur les ricains, reste que lorsque le travail des bobos est salué par eux, on est le premiers à s’en féliciter…
Cela dit, il est vrai que cela demeure la France qui meurt… :-)
février 25, 2008 at 9:49
@XP :
Je vais écrire un truc sur le monde des antiquaires. C’est un monde, à moitié artistique, à moitié intellectuel qui baigne dans le fric et la mondialisation et qui rassemble un nombre improbable de bobos arrogants. Et effectivement, en terme de rapport au Corps et à l’Esprit, c’est très intéressant. Je vous rejoins totalement : ceux qui sont dans la célébration d’une France qui a disparu n’ont que très rarement d’ambition quant à la perpétuation de l’idée qu’ils subliment à condition d’être désuète ou étrangère. Cf Amélie Poulain ou les acclamations des coutumes de l’Autre. La nostalgie de la France éternelle n’est que très souvent la version la plus dandy de l’anti-France. Célébrer ce qui a disparu pour mieux s’en débarrasser, pour mieux attacher l’objet de nos célébrations à la désuétude. L’hagiographie de ce qu’on a fait disparaître.
Ceci étant dit, il faut aussi distinguer ces gens-là de ceux qui entretiennent un rapport charnel avec l’Histoire ou les paysages etc
J’ai lu votre article et j’ai particulièrement relevé le commentaire de Xyr et vos mots sur l’hypermarché en montagne. Je reviendrai sur ce sujet -car il est fondamental comme vous le soulignez- car moi aussi, à l’image de Xyr, j’ai eu une sorte de révélation au contact de paysages, d’esprits, de livres…
Et je célèbre cela non pas par nostalgie vicieuse pour ce qui a disparu mais précisément parce que je tiens à ce que cela perdure dans des formes similaires ou différentes, là n’est pas la question.
@ Poly :
Oui, je suis injuste. Je n’ai pas vu le film et Cotillard n’est pas franchement désagréable. Une rare cultureuse à ne pas être arrogante, chiante ou inutile.
Je retirerai mon mea culpa dès qu’elle causera “d’exception culturelle” et autres excuse-glande, attrape-subventions ou conneries de gauchistes :)
février 25, 2008 at 10:07
Moi, je n’irais pas voir non plus le film sur Piaf, parce que si je trouve, comme tout le monde qu’elle était une immense interprète, quelque chose hors catégorie, qu’on retrouve deux ou trois fois par siècle, c’est presque indiscutable, il n’empêche qu’elle me fout un bourdon incroyable… Comme si elle avait le mauvais oeil… Un concentré de malheur…Enfin c’est personnel.
D’acord avec vous sur Cotillard, une des rares de ce milieu à ne pas avoir cette morgue, cette suffisance qui le marque…Avec Sandrine Bonnaire.
Mais enfin, on est tellement souvent déçu…
février 26, 2008 at 2:39
Au fait, sur le judaïsme des Coen Bros, il est intéressant de noter qu’un film comme Barton Fink serait clairement et foncièrement antisémite s’il n’était pas fait par des juifs. Entre le patron yuppin véritable blaireau et crapule invétérée et l’intello juif new-yorkais grotesque, ça fait beaucoup.
D’ailleurs, c’est beaucoup plus subtil que cela avec les détectives, la symbolique de l’Enfer etc
Et il suffit de lire les nouvelles d’Ethan. Vous en avez une dont je ne me souviens plus du titre, où un jeune couple juif reçoit un oncle délirant et totalement coenesque.
L’oncle emmerde tout le monde, il veut bouffer casher, est très moraliste, très revendicatif niveau religion, empêche le couple de copuler etc bref il fait chier.
Les deux dernières lignes de la nouvelle nous apprennent qu’il est parti sans rien dire et que la copine du filleul est partie. On comprend en réalité que l’oncle a ramassé la copine et qu’il s’est servi de la religion pour éloigner le mâle de la femme et ainsi récupérer la femelle.
Génial.
février 26, 2008 at 10:16
bref ceux qui, antiquaires, connaisseurs, archivistes de la grandeur française, a priori auraient l’habitus du bon vieux conservateur sont en réalité les pires bobos démagogues, hypocrites, pétés de fric grâce aux US qu’ils détestent…
Effectivement, il y aurait beaucoup a dire sur ce sujet, ainsi que sur l’OPA de la gauche sur une France d’antan (imaginée), qu’ils ont tout fait pour detruire.
ça va de l’ebahissement niais devant l’histoire d’une sotte sur la butte Montmartre dans un Paris completement imaginaire, ou les arbes sont mongoliens et s’appellent Lucien au retour a la nature par l’achat d’une ferme, dans une France profonde que l’on imagine forcemment multiculturellement tolérante et ouverte.
mars 24, 2008 at 9:35
“Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi”… certes… action et effets spéciaux… mais tout de même… 11 oscars… ex aequo avec “Ben hur” et… le minable “Titanic”… mais “Le Seigneur des Anneaux”… non mais enfin… ;-)
mars 24, 2008 at 9:37
“Au fait, sur le judaïsme des Coen Bros, il est intéressant de noter qu’un film comme Barton Fink serait clairement et foncièrement antisémite s’il n’était pas fait par des juifs. Entre le patron yuppin véritable blaireau et crapule invétérée et l’intello juif new-yorkais grotesque, ça fait beaucoup.”
Oui… ce qui place, Bloy avait raison, et Saint Paul aussi, le Salut chez les juifs… “Le salut par les Juifs”…
mars 24, 2008 at 9:49
Oui je sais. Mais il y avait un truc comme quoi les 3 oscars portaient sur leur nom et non sur le film.