février 2008


La France pour les robots.

J’avais déjà vu ça chez Poly mais pour m’assurer que vous ne passiez pas à côté de la belle illustration, quand même.

Elle a choisi son camp. Elle rejoint la diaspora serbe aux USA par son contact Marko Jaric plus connu sous le pseudonyme de Max dans les réseaux serbes de résistance. Quelle femme ! Quel génie politique ! Quel courage ! Quelle droiture !

Mes informateurs m’annoncent qu’elle aurait déjà réservé un petit tigre en Inde à l’occasion d’une mission d’évangélisation.

Le faux Etat du Kosovo m’a blacklisté ? C’est marrant, j’en ai rien à foutre !

Adriana Lima

Casse-toi alors pauvre con…

Nicolas Sarkozy, Président de la République (comme dirait Raspail, ils ont préféré la République à la France).

Regardez le sourire complice avec Barnier. Ils se marrent. Ils sont puissants et ils ne craignent personne.

Merci à François pour la vidéo Dailymotion car Le Parisien rendait impossible tout partage de la vidéo.

A signaler également la petite sauterie organisée par Delanoë le festif où Gérard Miller, en survet, s’incruste et fait le régional de l’étape quand il n’était pas sur les listes. Bouffon.

Que dire ?

Edit : la vidéo

Ou islamistes et musulmans modérés selon les versions. J’aurais pu également intituler ce billet Plaidoyer pour la reconnaissance d’un nouveau point Godwin.

Vous avez forcément entendu cet avertissement au cours d’une de ces discussions où la liberté de penser, l’autonomie de la pensée, l’esprit critique et l’élévation générale sont des concepts concrets et palpables.

Les néoconservateurs US, peut-être pour justifier leur lobbying (mais si on fait dans l’éthique, on finance des-musulmans-modérés® !), en ont fait leur leitmotiv. Leur voix française, Rioufol, ne cesse de l’étaler sur ses billets. Il n’en finit pas d’appeler les-musulmans-modérés®. Mais ils n’existent pas, cessez de faire semblant de croire le contraire ! C’est insupportable.

Insupportable parce que j’ai beau avoir cherché, avoir lu pas mal sur le sujet, je n’ai trouvé aucune réalité théologique réelle à l’origine de ce pseudo-schisme.

Entre un catho tradi et un “catho de gauche” (aka les mêmes qui sont à l’origine de la déviance républicaine d’à peu près tous les concepts catholiques, ce qui fait dire à certains que la République est une hérésie qui a marché), il y a des divergences théologiques profondes et réelles. Elles portent sur des textes, des pratiques etc

On pourrait continuer ainsi pour chaque religion où sans aller jusqu’au schisme, il y a disons des courants identifiables se distinguant sur des points de vue religieux différents.

En revanche, entre un islamiste et un musulman modéré, je n’ai jamais trouvé. J’ai pourtant posé la question à tous les objecteurs, et c’est ainsi qu’il m’est apparu que ce précepte relevait de ce que certains appellent réflexe idéologique. Personne n’est capable d’expliquer la différence. Ouvrez un débat sur ce sujet et vous arriverez vite à ce point Godwin. Ensuite, rétorquez à votre interlocuteur, Certes, citoyen, je suis tout à fait prêt à faire la différence, mais quelle est-elle ? Comment puis-je être sûr de ne pas confondre ? Quels sont les critères d’identification ?

Visez un peu la définition d’Islamism de Wikipedia :

 

Islamism (Arabic: al-’islāmiyya) is a term that denotes a set of political ideologies holding that Islam is not only a religion but also a political system, the teachings of which should be preeminent in all facets of society. Islamism holds that Muslims must return to earlier models of Islam by introducing sharia, or Islamic law, into modern society. Islamism often espouses pan-Islamic political unity.

Mais c’est l’Islam, ça coco ! C’est affolant de voir que ce qui est vraiment l’islam est interprété par les cerveaux sécularisés comme une déviance !

Puis, ils se découvrent sans qu’on ne leur demande quoi que ce soit. Dernière ligne de l’introduction définissant le terme :

Islamism has been described as “activist”[8] or “political Islam”.[9]

L’islam militant ne désigne rien d’autre que le prosélytisme qui le caractérise (comme la religion chrétienne diront les malins qui pensent, selon un esprit occidental, que le prosélytisme musulman sera canalisé comme l’a été celui de la religion chrétienne ; faut-il préciser que ce raisonnement analogique ne repose sur rien mis à part les principes antiques de la rhétorique et l’anachronisme ?) et l’islam politique n’est rien d’autre que l’islam en tant que somme politique. Il n’y a rien d’extérieur à l’islam, au contraire c’est tout ce qu’il y a de plus fondamental et d’endogène. D’ailleurs, et c’est là que la tartufferie commence à se dévoiler, les mêmes qui vous lancent cet avertissement distinguant sont les mêmes pour qui l’islamisme est un fondamentalisme et qui appellent à une réforme ou des illuminations (je préfère le terme anglais au terme français, beaucoup plus loquace) selon le modèle -toujours- occidental. Que je sache, le fondamentalisme, le retour aux fondements n’est pas particulièrement une déviance ou une variété.

C’est d’autant plus délicat que les augustes esprits françois qui nous ont précédé usaient du même terme et c’est seulement la déformation angloise à partir des années où les USA se sont intéressés à la chose que le néologisme -qui n’en est pas un en France- est apparu.

On tourne en rond. Cherchons auprès des fournisseurs officiels d’excuses.

Ainsi, votre interlocuteur arrivera très vite à des sophismes type un islamiste se fait sauter quand un modéré joue à la Playstation 3 ou un islamiste a un très haut niveau de pratique quand un modéré n’a qu’un peu moins de bonnes actions à faire valoir. C’est d’ailleurs très cocasse car les bien-pensants qui semblent réussir à faire la différence, le font sur un niveau de pratique comme si la pratique ultime de l’islam était l’islamisme et donc comme si dans chaque musulman résidait un islamiste potentiel. J’en connais qui se sont fait chahuter pour de tels propos.

Je signale également que les musulmans dans leur quasi-intégralité ne se désolidarisent pas de ceux qu’on pourrait considérer comme islamistes. Je n’ai jamais vu un barbu être refoulé d’une mosquée (des cathos tradis devant une église, si !). Ceci n’aidant pas à établir la différence.

L’autre grande fuite en avant, c’est de revenir sur les motivations politiques de l’islamiste et du musulman modéré. L’islamiste serait par exemple guerrier quand le modéré serait une sorte de moine bouddhiste ; l’islamiste serait fondamentaliste, conservateur quand le modéré jouerait de la gratte en fumant des pétards etc. Vous avez tout un imaginaire d’inspiration progressiste sur ce sujet. Le dernier en date c’est Emmanuel Todd qui nous dit qu’en réalité ce qu’on appelle islamisme n’est qu’une simple crispation des éléments les plus conservateurs et les plus exposés à la modernisation -hallucinante nous dit-il !- des sociétés islamiques. Dit rapidement, pour une barre de C4 vendue, il y aurait 10 000 Big Mac écoulés. Et les occidentaux ne se concentrent que sur la barre de C4. Dans cette hypothèse, le modéré serait le moderne et l’islamiste, l’antimoderne ; le modéré le révolutionnaire, l’islamiste le contre-révolutionnaire.

C’est tentant mais ça ne semble être que la projection de paradigmes de petit universitaire occidental sur une réalité qui ne s’y prête pas. Car l’islam est avant tout un package politique, religieux, comportemental (il faut voir tout ce qui est régi, ça peut être intéressant pour un chrétien nourri d’abstractions et de valeurs) et ensuite l’idée d’une lutte portant sur la question de la modernité n’est corrélée par aucun élément tangible (programme politique, déserrement législatif etc) et surtout Todd se prend les pieds dans son progressisme en ne cachant pas son espoir en la victoire à venir du progressisme. C’est d’ailleurs le moteur de sa thèse sans qu’il ne se rende visiblement compte : il expose une avancée triomphale de la modernité en postulant que celle-ci va naturellement s’accompagner de mesures la prenant en compte (progressisme). Pour lui, le progressisme ne peut que triompher ; c’est la raison pour laquelle il minore l’importance de l’islamisme car selon lui ce n’est qu’une crispation de vieux cons un peu réacs à un mouvement de fond porté par une jeunesse -modérée. C’est une abstraction, c’est une projection de l’esprit car rien n’appuie cette explication.

Vous avez aussi, notamment en France, le prolongement de la mythologie marxiste qui consiste à dire que l’islamiste est pauvre et désoeuvré (when you got nothing, you got nothing to lose n’ont-ils pas peur de dire) quand le modéré a été plus sage dans sa détresse sociale (car le musulman est forcément un déshérité). Sorte de vulgate post-marxiste qui veut que tout soit économique et social. Vous retrouvez aussi cette inspiration dans l’idée de continuité historique du ressentiment des spoliés, l’idée que les cicatrices (ex : Afghanistan, on a pas fini de l’entendre celle-là ; mais contre l’URSS hein, qui sème le vent hein, tel est pris celui qui hein, fallait y penser avant hein et autres commentaires des opérationnels de salons) se perpétuent ad vitam eternam et qu’ainsi tout excès qui serait radicalement réprimé en terre républicaine se trouve excusé voire acclamé chez l’Autre. Imaginez 100 000 cathos qui brulent les Ambassades des francs-macs en France (c’est-à-dire à peu près chaque tribunal et chaque Ministère) et menacent Charlie Hebdo, mais mon pauvre, c’est l’état d’urgence et la réquisition de tous les bâtiments à croix !

En somme, une lecture de classes qui pose que la pratique serait directement liée aux conditions économiques et sociales. Ce qui dans un premier temps ne se vérifie pas dans les faits mais qui surtout, dans un second temps, ne pose aucune différence d’ordre religieux entre deux entités préalablement désignées comme s’opposant religieusement.

Bref, j’attends avec impatience l’hadith, le verset, la doctrine etc, sur lesquels, m’explique Le Monde, semblent se déchirer tant de musulmans. Car j’ai l’impression inverse d’un solide consensus (dernièrement le voile en Turquie ce qui aurait dû faire bondir nos laïcistes et qui n’est certainement pas dans l’esprit kémaliste qu’ils semblent tant apprécier) au contraire !

Bref. Il n’y aucun schisme. Il n’y a aucune réalité théologique derrière cette distinction journalistique. Du moins, elle ne m’est toujours pas apparue. La différence islamisme et islam relève typiquement de ce que l’on désigne par l’idée de novlangue. Il n’y a aucune différence. C’est une construction journalistique, ni plus ni moins. Il n’y aucune réalité scientifique derrière cette distinction. En revanche, il y a bien évidemment une différence de sens une fois que ces mots sont contextualisés sur un support de propagande (médias, discours etc). C’est le principe même du newspeak. Islam et islamisme sont les deux appellations mondaines d’une même réalité et n’ont de sens que dans le cadre d’une discussion mondaine, dans un article du Monde ou un discours républicain. Pris en tant que telle, la distinction n’a aucun sens ni aucune réalité. C’est la même chose par exemple pour “les jeunes”. Pris en tant que tel, c’est ridicule et ça n’a aucun sens (les flics sont des vieux ? Faites intervenir le Ministère de la Jeunesse, vite ! ). Contextualisé, c’est politiquement correct. Bref, islam et islamisme représentent le jeu de deux pancartes que le chauffeur de salle a à sa disposition pour choquer ou émouvoir le public. C’est une distinction propagantiste qui relève de la manipulation des masses, précisément ici l’émasculation de celles-ci et le refoulement de tout sentiment hostile envers les musulmans. En français, c’est d’autant plus marquant puisque le mot islamisme existait avant qu’il ait sa connotation moderne et était strictement synonyme d’islamique.

En attendant, surveillons les vents dominants. La réponse s’y trouve forcément…

Qu’êtes-vous aller voir au désert ? (Luc 7,24)

MAJ de ma blogroll.

Un excellent blog découvert il y a peu, Krouik. Hilarant. Sorte de néo-réac amateur de films biens de chez nous. Un mec qui adore Audiard et Marielle ne peut être que quelqu’un de fréquentable. Tout pour figurer dans ma liste donc. Quelques créations du sieur :

Il y a 25 ans, la tecktonik :

You know for kids, site de référence sur les frères Coen. Tire son nom de la réplique de Tim Robbins You know for kids ! dans la fable sociale (O fortuna…) The hudsucker proxy des frères donc.

Il faut avoir vu le film pour comprendre. Rapidement, petit spoiler, un sans-grade dit avoir fait l’invention du siècle. Il la dessine à tout le monde comme pour mieux se convaincre de l’utilité de son invention. Vous savez ce besoin qu’ont certain de vous convaincre du bienfondé de leur délire. Or, son modèle, son invention dessinée est un cercle tout ce qu’il y a de plus commun. A chaque scepticisme -fondé- de ses interlocuteurs, il dit avec plein de conviction “you know, for kids !”. Par la suite, on comprendra que ce foutu cercle n’est autre que le cerceau de la mode hula houp. Coenien.

Baroque et fatigué. Un lecteur de Nimier (vraiment ? me diront les plus taquins) tout ce qu’il y a de plus fréquentable. Des petits conseils de lecture par-ci par-là.

La voix dans le désert. Avec un tel épigraphe, ce blog a toute sa place dans ma MAJ.

Nébo. J’apprécie, notamment ses références (musicales et littéraires).

Anna. Une pro-avortement fétichiste du pied emplâtré qui pense que du fait de ma lucidité, je finirai “sans galons” mais avec “beaucoup d’humour”. A priori, pas bon du tout et puis entre nous j’aurais plutôt chanté l’inverse avec les vieux Stealers it’s so hard to keep a smile from my face !
Bref comment peut-elle figurer dans mes liens avec un tel profil ?

Le Pardon camarades, le Pardon !

Versac, évidemment. Particulièrement depuis qu’il s’est fait écarquiller sur la place publique par un frère Inquisiteur qui a relevé tenez-vous bien de l’”antisémitisme”, de la “négrophobie” et du “racisme” chez Versac. Oui, vous avez bien lu ! Versac le policé, le centre-mou, le communicant aux deux enfants, le CSP +, le bon gars quoi, extrémiste, carrément nazi, oui ! Alors là, mon p’tit pote, ma blogroll a vocation à accueillir toutes les victimes de la reductio ad hitlerum, c’est l’Asile des infréquentables alors je dis oui ! Bienvenue camarade !

Le conservateur : tout simplement je croyais l’avoir mis dans ma blogroll et en fait non. C’est parfois ainsi la vie. A noter que c’est un des premiers blogs réacs que j’ai lu.

François de Souche : je vous recommande ce site mais je ne peux que vous inciter à le lire modérément. Notamment si vous avez des tendances hallucinatoires, vous serez incapable de savoir si ce qui y est écrit est réel ou si c’est un cauchemar. Idem, un des premiers sites réacs que j’ai lu.

Sampieru, particulièrement pour la pertinence de son nom de domaine. Et j’aime bien les Corses.

Via le toujours très bon LBDD (dernier exemple), j’ai découvert ce blog. L’auteur est intelligent.

Le Salon Beige, ou l’observatoire de l’effondrement spirituel de ce pays.

Au chapitre des regrets, Donoso Cortes, l’homme qui m’a fait créer ce blog sur WordPress. J’aimais bien l’agencement de son blog alors bêtement j’ai créé le mien sur cette plate-forme. Bref, j’aimais beaucoup son blog et j’ai perdu l’url de son projet de bibliothèque alors s’il passe par là…

Je pense ne pas avoir répertorié tous les blogs que j’apprécie et que tous les blogs que je pourrais apprécier donc si vous avez des tuyaux, recommandations ou injonctions, n’hésitez pas.

Tâchons de rattraper le tort causé par l’autre indifférencié(e) rappeu(se).

Je suis vraiment fan du multi-dimensionnel Bob Dylan. Y’a pas, c’est un bon. Aussi vais-je lire ses Chroniques. Je suis navré pour ceux qui le haïssent ou ceux qui le connaissent mais il faut absolument ne pas passer à côté, c’est comme l’immigration chance pour la France, faut que vous l’ayez entendu une fois dans votre vie. Des fois qu’ça prenne…

Une de mes préférées (si après une telle production, l’idée de classement a encore un sens) est la classique A hard rain’s gonna fall. Une chanson bukwoskienne au possible. A ce sujet, si Will Smith n’avait pas fait son caprice negro spiritual avec Bob Marley, cette chanson eût été beaucoup plus adaptée pour le film I am legend -médiocre au passage.

Dans un autre registre, Pressing on, ma préférée de son époque chrétienne. Toujours dire à quelqu’un qui dit aimer Dylan (grosses probabilités qu’il soit un gauchiste) que vous adorez sa période chrétienne. Ça l’agacera et ça fait toujours plaisir de taquiner un crétin laïciste (pléonasme). Pressing on, donc. Il chantait cette chanson à chaque fin de concert, comme pour mieux leur dire de fermer leurs grandes gueules - à ces cons ! Thème récurrent de Dylan que celui des lamentations de l’Amicale des aigris, déclassés, ratés, perdants et autres inutiles qui nous intoxiquent avec leurs inavouables rancunes et leurs encombrantes angoisses. Faut les faire taire ces gens-là !

Many try to stop me, shake me up in my mind,
Say, “Prove to me that He is Lord, show me a sign.”
What kind of sign they need when it all come from within,
When what’s lost has been found, what’s to come has already been?

J’apprends via 5years later, qu’il y a dix ans ans, jour pour jour, le maître allemand s’éteignait comme on dit.

Je ne suis certainement pas un expert de l’œuvre, je ne suis expert de rien d’ailleurs n’en déplaise à Marie-Ségolène Royal, mais j’aime bien le gaillard.

D’abord parce qu’il ressemblait à mon grand-père.

Deuxièmement, pour ce qui suit.

Érosion de la langue et déclin du sens

L’érosion de la langue inquiétait Jünger tout autant que l’écroulement de l’édifice hiérarchique. La régression linguistique lui semblait inévitable dans une société de masse où consignes impératives et propagande vident la langue de sa substance, où l’encanaillement verbal et le laxisme sont de rigueur. Quoi de plus naturel que la langue soit ainsi réduite au rang d’une technique de communication, inadaptée à une pensée conceptuelle riche, quand une idéologie égalitaire outrancière exige que l’on utilise le parler fonctionnel des hommes devenus étrangers à eux-mêmes et à leurs semblables ? A longue échéance, la désintégration de la langue modifie le comportement de toute communauté, sape les fondements de toute identité “La désintégration du langage est moins une maladie qu’un symptôme. La source de vie se tarit. Le mot a encore une signification mais plus de sens. Il est, dans une large mesure, remplacé par les chiffres. Il devient impropre à la création poétique, sans efficacité dans la prière. Les voluptés grossière chassent les plaisirs de l’esprit” (13).

Plus grande encore était sa préoccupation devant la dissolution de l’autorité spirituelle, le désintérêt de nos sociétés devant la mort, devant ce qu’il appelait la ruine de tombeaux. Penser la mort avait une valeur déterminante pour Jünger : elle est cet arcane majeur autour de laquelle, nécessairement, tout s’ordonne. Quoi de plus naturel, en vérité ? La mort est une conception centrale dans la pensée de tout individu, et le temps dans lequel l’existence se déroule peut apparaître à l’homme comme puissance de destruction qui ruine tout ce qui fait le prix de sa vie. La mort, source obscure et fertile de l’inspiration, constitue une assise majeure de toutes les littératures irrationnelles comme de toutes les grandes civilisations. Le drame de l’Occident, c’est que l’homme moderne se détourne de cette source d’inspiration et abandonne ainsi une part de son humanité. “Là où l’enterrement et le respect dus aux morts sont refusés ou largement négligés, le monde devient inquiétant…” (14).

La mort est individuelle, mais aussi collective et toute société, toute civilisation, est sujette aux métamorphoses. L’homme est, pour Jünger, victime d’une grande souffrance. L’histoire dévorante est le sacre de la mort, individuelle comme collective : elle dévoile sans vergogne l’impuissance finale de l’homme, éternellement dupe de son espoir : “C’est au fond, sur une scène étroite que se joue l’histoire des hommes — pas plus grande que la place du marché dans une vieille ville. Y règnent la crainte et le tremblement ; on y représente le Triomphe de la mort. On voit comment, avec ses grands satellites, elle se rend maîtresse du monde. Tel est le sujet du spectacle, éclairé par les torches ; dents et griffes — un arsenal d’armes redoutables règne sur le monde” (15).

L’histoire telle que Jünger la lit est un théâtre tragique enseignant avant tout l’art de mourir. Le destin est déterminé par des données qu’il n’appartient pas à l’homme de changer, mais d’assumer. La partie que mène alors le « poste perdu » est celle d’un “joueur d’échecs” qui, malgré toute la finesse de son jeu, perd inéluctablement la partie. Et puis, qui parmi nous songerait à contrarier l’ouvrage des Parques ? Raison pour laquelle aussi Ernst Jünger a mis en garde contre l’espoir erroné qu’il serait possible d’exhumer les ordres anciens du passé.

Il y a peu de temps que la science s’est détachée des mythes, des arts, de la philosophie et des religions, qu’elle a ébranlé les vestiges de la pensée traditionnelle. Et le lecteur fidèle de se rappeler l’ancienne défiance de Jünger pour le siècle des Lumières… Le rationalisme conquérant s’enorgueillit de faire disparaître, sur toute la surface de la Terre, les traces de toute pensée religieuse ou métaphysique. Tout apparaît cohérent pour Jünger : “La réduction culturelle, l’extinction des races animales, la chute des dieux et le retour des Titans” (16), tout cela fait partie du même nihilisme — un concept majeur dans l’œuvre de Jünger. Or, que nous montre l’auteur, si ce n’est la faillite de cette technologie rationnelle qui finit clans les laboratoires de médecine déshumanisés d’Heliopolis et sur les lieux d’équarrissage ? Jünger ramène toute la société moderne à une vaste entreprise d’aliénation et de destruction de l’individu par la réduction de tout ce qui fait la spécificité humaine au seul mesurable, au seul quantitatif.

Les itinéraires individuels mènent les héros de Jünger à la dislocation interne, les conduisent à frôler la folie. Jeté dans un monde désenchanté qu’il juge médiocre, le personnage jüngerien est en proie à une immense solitude. Dépaysé, en exil dans son propre pays, il éprouve une lancinante nostalgie du monde originel duquel il a chuté. Jünger semble percevoir la décadence comme destin. Comment se soustraire à ce mouvement historique et se consoler de ses terribles conséquences quand la mystique, la religion est vide de dieux, et la philosophie vide d’idées ? Que faire pour dépasser l’individu ? Jünger nous amène à penser que l’homme ne peut supporter l’histoire qu’il a lui-même valorisée, car celle-ci est une suite d’événements irréversibles, uniques, qui ne cessent de lui échapper car les significations en masquent le sens. C’est ici que se situe le désespoir existentiel du héros jüngerien : l’homme, étranger à tout semble-t-il, est finalement prisonnier de tout, car l’évasion est impossible…

La grosse déconne n’est-ce pas ? La suite est ici et c’est Isabelle Graziolo-Rozet qui tenait la plume dans un Elements de 98.

Via FDS

Le Progressisme est une hérésie qui a marché, il est une ouvre d’hérétiques qui n’ont eu de cesse de se détourner du Sens. C’est l’idée développée (entre autres mais chez lui c’est particulièrement brillant et clair) par Maritain. Tenez, au-delà des petites piques ironiques, visez un peu ce qui suit.

C’est par la tête que le poisson pourrit, Maurras aime à citer ce proverbe. Si l’on peut dire avec M. Seillière, à propos de Jean-­Jacques Rousseau, que le monde moderne dérive d’une hérésie mystique, combien cela est plus vrai de Luther que de Jean-Jacques! C’est par l’esprit que tout commence ; et c’est au fond de l’âme de quelques hommes, dans la vie de ce nonz qui, comme dit Aristote, n’est rien du tout quant au volume et quant à la masse, que tous les grands événe­ments de l’histoire moderne se sont formés. La cellule où Luther a discuté avec le diable, le poêle où Descartes a eu son fameux songe, l’endroit du bois de Vincennes où Jean­-Jacques, au pied d’un chêne, a trempé son gilet de pleurs en découvrant la bonté de l’Homme naturel, voilà les lieux où le monde moderne a pris naissance.

[...] A ce point de vue, ce qui distingue le père du pro­testantisme des autres grands hérésiarques, c’est que ces derniers partaient avant tout d’une erreur dogmatique, d’une vue doctrinale fausse; quelles qu’en soient les origines psy­chologiques, c’est une déviation de l’intelli­gence qui est la cause de leurs hérésies, et leurs aventures personnelles n’importent que dans la mesure où elles ont conditionné cette déviation. Avec Luther, il en va tout diffé­remment. C’est sa vie, son histoire qui im­porte. La doctrine vient par surcroît. Le lu­théranisme n’est pas un système élaboré par Luther; c’est le débordement de l’individua­lité de Luther. Il en sera de même avec Rous­seau, c’est un procédé essentiellement ro­mantique. C’est ce qui explique l’immense influence du « Réformateur » sur le peuple allemand. C’est pourquoi un luthérien comme Seeberg ne peut pas se contenir d’admira­tion devant cet homme vraiment démoniaque, comme il dit, devant cette figure colossale de la surhumanité, qu’il est blasphématoire de pré­tendre juger. La question est de savoir Si tout débordement est beau et bon par lui-même, et s’il suffit qu’un fleuve se répande sur les cam­pagnes pour qu’il mérite notre reconnaissance.

Je parlerais plus de déformation, de détournement que de débordement (ce qui insinuerait qu’il y ait surplus de sens) mais l’idée est là.

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