avril 18, 2008
Dernière fois que j’achète les Inrocks. HS spécial Frères Coen. Blood simple (pas mal du tout pour les amateurs de film noir), version remasterisée. Mouais. Interview exclusive. Elle date de 1996. Pseudo-réflexions avec du puant, pisseux, lynchéen et post-moderne à tous les coins de page. Aucune info, rien. Du masturbatoire, et encore. D’un genre déviant. Fascinant à quel point les frangins brouillent les pistes. La gôche la plus puante comme la droite la plus pisseuse peuvent s’y retrouver. Ils s’en amusent et ne s’en cachent pas. A ce titre, voir Miller’s crossing (une info malgré tout : ils revendiquent clairement Hammett dans la construction de ce récit, d’habitude ils se font discrets sur leurs sources, sauf quand elles sont évidentes) : intrigue incroyable où à la fin du film vous serez incapables de dire qui est bon, qui est mauvais mais surtout de déterminer si Gabriel est victime ou manipulateur. Autre info (et ce sera la deuxième et la denrière), les Frères réussissent davantage l’adaptation littéraire (McCarthy, Chandler, Hammett, Homère, la Bible -la géhenne ou la main droite de Blood simple, Corpus Christi, la Bible de Barton Fink etc-, James Cain, Camus etc) que l’adaptation cinématographique (Le Grand saut avec du Capra à chaque plan). Bref. Le HS de Transfuge était bien meilleur. Il y avait même Poelvoorde qui disait être fan des célèbres frères.
Un petit passage qui finit de confirmer que nous sommes chez les bobos : les Inrocks s’étonnent de la passion des frères pour l’Americana et le personnage du white trash. Si ce n’était pas un HS, on sentirait presque l’ombre du nuage fasciiiiiss’ venir. Americana, gothique, pessimiste, pas bon du tout tout ça. Etonnant, disent-ils, pour ces fils de la bourgeoisie progressiste (dans le texte).

avril 20, 2008 at 3:47
cher vieux capricorne,
Je vous avoue qu’ayant maté “No country for old men”, j’ai trouvé que cela se finissait en eau de boudin. Certes je susi plus vieux que vous et moins intelligent, et vous allez penser qu’il me faut ds films plus simples.
Mais aidez-moi, en quoi avez-vous trouvé ce film génial ? Pour les paysages ? Oui ils sont superbes et je suis ravi à l’idée de penser que dans moins e quinze jours, je me baladerai en Arizona. J’aurais même une pensée pour vous.
Aidez moi !
avril 20, 2008 at 4:47
Cher capricorne,
Je n’ai pas revu le film mais l’alcool et la fatigue aidant, je vais tâcher de satisfaire votre requête.
A la réflexion, il y a un défaut majeur, qui à mon sens écarte la qualification de chef d’oeuvre (il en fallait peu peu). Le montage, la trame, les scènes ne coulent pas toujours. Sans doute parce qu’il y a une galerie de personnages assez importante et qu’il n’y a pas d’acteur vraiment principal. Donc, parfois, l’enchaînement des scènes tournent un peu comme une lessiveuse à destin (il est tard).
La fin est inattendue. J’ai lu qu’ils ont fait ainsi intententionnellement.
Comme on dit, ce qui suit dévoile les moments clé de l’intrigue. A ne pas lire si vous n’avez pas lu le film.
Le Sheriff introduit le film et le conclue.
Sur le monologue de fin, il faut revoir cette scène avec le collègue du papy sheriff que j’ai diffusé (titre : you can’t stop what’s coming). Tout est là. C’est la scène clé (avec la scène d’introduction). C’est une scène géniale, il y a tout l’esprit du Sud dedans (vous êtes bien heureux d’y séjourner). Le décor crasseux, la petite éolienne, le Sage, les causeries de choses sérieuses etc You can’t stop what’s coming.
Rapidement :
- Moss meurt après avoir refusé les avances de l’avenante en bord de piscine. Les gens du Sud sont anachroniques. Leurs principes ne les mènent à rien ou au pire. Chigurh, lui, n’a de principes que dans l’accomplissement du mal (faire gaffe à ses pompes, être autonome, tout payer, ne rien devoir à personne, tenir ses promesses, accepter le sort du hasard). C’est particulièrement le cas pour cette scène mais c’est récurrent (l’agua, la venue de sa femme et de la belle-mère etc). C’est génial parce que ça renverse tous les codes (en ça c’est “post-moderne”) : le héros au grand coeur se fait avoir précisément parce qu’il a des principes, une âme etc
Chigurh, lui, n’a pas tout ça et il s’en sort.
Tout est dans ce dialogue avec le chasseur de primes :
- Let me ask you sthing. If the rule you followed brought you to this, of what use was the rule ?
- Do you have any idea how goddamn crazy you are ?
- You mean the nature of this conversation ?
- I mean the nature of you.
- Pourquoi la fin sur le rêve du Sheriff ? (la fin dans le bouquin, l’évocation du rêve est encore plus belle)
Retour rapidement sur la fin. De mémoire hein, rien de ce qui suit n’est forcément exact ou très fidèle au déroulement précis du film :
Le sheriff entend une fusillade. Des mexicains (surarmés et en 4X4), s’enfuient en panique. Il s’approche, scène de carnage. Il faut voir sa bagnole merdique, il n’a pas de radio, la petite (reprise, il me semble, de l’image de la petite fille dans il faut sauver le soldat ryan, vous savez celle qui est confiée par ses parents aux amerloques) à qui il dit d’appeler la police etc C’est inéquitable. Moyens dérisoires VS grosse organisation.
Auparavant, il avait promis à sa femme (l’actrice écossaise, la seule beauté de ce film) de le protéger. Sa femme (l’actrice écossaise donc) est effondrée. S’en suite le plan à la morgue.
Ensuite, il parle avec un ancien collègue. Il confesse voir en Chigurh un fantôme. Par la suite, donc, par instinct, il retournera à l’hôtel (les mexicains sont partis lorsqu’ils ont entendu les giro, et n’avaient pas compris l’astuce de la conduite d’air, chose que Chigurh avait compris dans la précédente course-poursuite dans l’hôtel) . Il voit la serrure sautée, signe que Chigurh est dans les parages. On croit deviner une ombre (auparavant, vous aviez toute une suite de jeu d’ombre et de lumière, la TV dans le mobil home particulièrement). Il n’a pas le courage d’affronter cette ombre. La fenêtre est ouverte, le temps qu’il cogite dans la chambre, Chigurh a eu le temps de s’enfuir par la fenêtre. Fin de la scène, le fondu se fait sur la grille d’aération qui a sauté.
Il va voir le vieux sage. Ils causent Dieu, honneurs militaires, anciens. Ensuite la parabole des indiens (la mort du grand père). This country is hard on people. Nothin’ new. Des indiens aux mexicains, il n’y a rien de nouveau.
Il y a aussi l’image du chat (some are outlaws, some are half-winded de mémoire), ses 7 chats, chat qu’on retrouvera au moment de la course-poursuite (avec le lait). Je devais faire un billet sur les animaux dans NCFOM d’ailleurs (l’antilope, les pitbull, le canasson, les chats). Bref.
Après, il décide de prendre sa retraite. Dès l’introduction, il avait dit qu’on ne pouvait s’empêcher de se comparer aux anciens. Il y a aussi le fait qu’il descend d’une famille de Sheriff (lignée aristocratique, si vous avez lu Faulkner, c’est un thème récurrent de la littérature sudiste) et que son assistant (la relève) est un véritable crétin (il ne comprend rien, il a l’air très administratif, a un accent de bêto).
Il explique cela à sa femme.
Son rêve, son “retirement”, c’est un aveu d’échec. Le Mal a gagné, c’est acté. Le Sheriff était jadis le rempart, il ne fait dorénavant qu’assister, impuissant (pas de radio, voitures nazes ou chevaux), au déroulement fdes massacres. Le Monde ancien, avec ses vieux codes, ses coutumes (l’arrêt du corbillard par le shériff qu’il fait repartir sans problème, la solidarité entre anciens du Nâm, le paysan aux poulets qui s’arrête sans aucune demande, engage la conversation et surnomme neighbor un individu clairement intrus, la secrétaire des mobile homes qui a des principes et ne dit rien etc etc) a perdu. C’est Chigurh, sorti de nulle part, avec pour unique principe l’argent, avec pour unique méthode la technique (le flingue incroyable), qui finit toujours par s’en tirer.
La scène finale, c’est tout cela. Deux rêves : les temps anciens (il s’en souvient), la remise d’une somme d’argent (il n’y revient que brièvement, il ne s’en souvient pas, ça ne l’intéresse pas). Les temps modernes(l’argent), les temps anciens(la ballade nocturne avec le Père). Il évoque les temps anciens, les temps qui sont morts. Knockin’ on Heaven’s doors. Il s’est retiré du monde (moderne).
PS : c’est vraiment un thème récurrent du Sud “peuplé de fantômes bavards” comme dit Faulkner cet affrontement du monde moderne et du monde disons traditionnel, les temps qui changent, la nostalgie (ici est né le blues!) etc. Un pays de capricornes :) La question noire, la défaite de la Sécession vécue comme une humiliation (le Nord, c’est la ville, les démocrates, les laïcs, la modernité) ont vraiment ancré ce thème. Et McCarthy est vraiment une figure de cette culture.
Profitez bien de la terre rouge !
avril 21, 2008 at 10:13
Putain ! Alors vous, quand vous réfléchissez, vous n’y allez pas de main morte !
Ceci dit, pour moi aussi, j’y avais vu une sorte de wyrd nordique, toile du destin dans laquelle tout est fixée. Comme vous le constaterez, je pense aussi bien trop.
Ceci dit, je préfère de loin Il sorpasso. Mais les paysages étaient superbes. si je fais faire un tour chez Rose’s Den, le petit rade perdu au milieu de nulle part en Arizona, promis je vous ramène un souvenir !