Aimé Césaire tenait à ne pas être qualifié d’indépendantiste et préférait le qualificatif d’autonomiste. Tout le concept de négritude tient en cette subtile nuance. Il voyait en Mitterrand (et ses subventions), la possibilité de rattraper un retard économique exclusivement attribuable à l’esclavage.

La négritude, c’est le culte jusqu’à ne plus en pouvoir de la souffrance de l’esclave. Par la figure de l’esclave, le nègre se doit d’être le réceptacle de souffrances accumulées sur plusieurs siècles. Il porte sur épaules tous les péchés du monde. Le nègre souffre encore des courbatures laissées par les chaînes (vu dans un numéro des Inrocks il me semble ou autre magasine bobo il y a quelques semaines, un dossier sur la culture bling-bling où l’on apprend que les chaînes en or des rappeurs seraient en réalité l’évocation revancharde des chaînes d’esclave de jadis). Il est le crucifié, il incarne la partie la plus ultime de la souffrance humaine. La négritude est un nouveau christianisme.

Le ressentiment, l’humiliation qui ne passe jamais, est depuis longtemps un générateur d’identité. Les chinois d’aujourd’hui n’ont aucun complexe à piller les technologies occidentales parce qu’ils estiment que les siècles récents sont un accident de l’histoire, ils auraient été spoliés par la colonisation, les embargos ; ce ne serait donc qu’un rééquilibrage tout à fait légitime. Les américains du Sud ne digéreront jamais d’avoir été conquis par le Nord, les livres d’Histoire de la IIIème transmettant la nostalgie de l’Alsace française etc

Seulement Aimé Césaire était plus qu’un poète disons normalien édité. Il a cumulé les mandats électoraux, aussi bien locaux que nationaux. Il a oeuvré pour l’arrosage incroyable de subventions des anciens DOM-TOM (avec des situations ubuesques où la défiscalisation accordée aux investisseurs de Métropole a fait augmenter les prix locaux).

Aimé Césaire, c’est donc la critique de l’infâme France tout en travaillant à ce que les subventions de la République pleuvent. Le Nique la France sur un sample de 3 notes en boucle, avant d’aller réclamer à la CAF.

La négritude est une rente. Elle est l’usufruit ethnique qui vous rend légitime à revendiquer des droits. Le nègre est un ayant-droit. C’est une part dans un héritage auquel pourtant il n’a en rien contribué. Par sa seule couleur de peau, un nègre est un fils d’esclave. Sur la seule base de la couleur de peau, il est légitime à revendiquer une part dans l’héritage d’une souffrance. Souffrance qu’il faut entretenir et célébrer, non pas pour échapper à l’oubli mais pour sans cesse réactualiser le passage devant le notaire. Poursuivre cette fiction juridico-historique.

Aimé Césaire a ouvert la succession de l’esclavage. Par son concept de négritude, il a permis à chaque nègre de jouir de l’usufruit laissé par des générations d’esclaves. Il est célébré par une armée d’assistés qui ont grâce à lui trouvé un moyen de droit pour s’enrichir sur les morts. Les anciennes colonies sont en difficulté à cause de l’esclavage, la causalité est exclusive, et en conséquence l’homme blanc doit se racheter. Une filiation avec Mme Chabert qui grâce à la gloire de son mari présumé tombé pour Napoléon peut s’enrichir sous la Restauration.

Des rentiers de la gloire (la souffrance étant en ces temps de concurrence victimaire un prestige) passée.