Quelle labeur que de recopier des textes, alors lisez-le ! Il s’agit d’extraits d’un discours de Burke sur la situation actuelle de la France (1790) prononcé dans la Chambre des communes. L’objet du jour portait sur les menaces extérieures et leur réponse militaire adéquate. D’aucuns pensaient que la France devenue progressiste ne serait plus une menace. Burke manque de s’étouffer.
La France avait fixé jusqu’à présent notre première attention ; nous nous étions accoutumés à la chercher la première dans la balance ; dans ce moment, elle est comme rayée du système de l’Europe, et il est difficile de décider si jamais elle y sera replacée comme une puissance majeure. Il est probable que la génération future pourra dire des Français : ” Il fut pour eux un temps de renommée”.
[...] La France a tout perdu, jusqu’à son nom.
[...] Depuis la dernière prorogation de ce Parlement, que de choses se sont passées en France ! Les habitants de ce malheureux royaume sont devenus les plus habiles architectes en ruine que la terre ait jamais produits. Dans ce court intervalle, les Français ont frappé jusqu’aux fondements l’édifice de leur antique monarchie ; ils ont démoli leur Eglise, renversé leur noblesse, détruit leurs lois, leurs revenus, leur armée, leur marine, leur commerce, leurs arts, leurs manufactrues ; ils ont fait plus pour leurs rivaux, que ceux-ci n’auraient pu faire pour eux-mêmes ; vingt batailles de Ramillies ou de Blenheim n’auraient pu nous donner les avantages dont les Français viennent de se dépouiller en notre faveur. Quand nous en aurions fait la conquête ; quand nous les verrions prosternés à nos genoux, nous aurions honte de leur imposer une loi aussi dure que celle qu’ils se sont imposée eux-mêmes.
[...] le danger pour nous est de nous laisser entraîner à cette sorte d’instinct qui admire jusqu’à la violence et la perfidie lorsqu’elles sont heureuses.
[...] En même temps ils ont rédigé une sorte d’Institut ou de Digeste d’anarchie, qu’ils ont intitulé les Droits de l’Homme, et dont la somme est un tel abus des principes élémentaires de la politique que nos écoliers rougiraient de l’avouer.
Mais cette Déclaration des droits n’eût été que ridicule, si elle n’avait été que le produit du pédantisme ; son objet était impie à la fois et méchant : on voulait inculquer dans l’esprit du peuple un système de destruction, en mettant sous sa hache toutes les autorités civiles et religieuses, et en lui remettant le sceptre de l’opinion.
[...]
Etait-ce des citoyens, ces soldats qu’on a élevés jusqu’aux nues, qu’on a décorés de médailles civiques pour s’être laissés corrompre, et avoir déserté leur drapeau ? C’étaient de sordides transfuges, destinés et incapables de tout sentiment d’honneur.
[...] Que diriez-vous, Messieurs, si on venait saccager et piller vos maisons, injurier, insulter et maltraiter vos personnes, attenter à votre vie, vous arracher vos titres de propriété pour les brûler à vos yeux, vous disperser et vous forcer, avec vos femmes et vos enfants, à vous réfugier dans des terres étrangères, par la seule raison que vous êtes nés gentilshommes ou propriétaire, et par conséquent suspects du désir de conserver vos biens, et la considération qui vous est due ?
La désertion qui a déshonoré la France devait servir d’appui à une sédition abominable, qui, avec le cri sauvage de guerre à l’aristocratie, se déclarait l’implacable ennemi de tout homme bien né, de tout homme dont le pillage représentait un appas à la rapine et au meurtre, pendant que les fauteurs secrets, et d’une classe bien supérieure, de cet horrible système, s’en servaient pour assouvir leurs haines, leurs vengeances et leur ambition, en écrasant tout ce qu’il y avait de respectable et de vertueux dans la nation, et en flétrissant tous les noms qui lui rappelaient qu’autrefois il exista un pays renommé, tel que la France.
juin 8, 2008 at 4:58
très intéressant ce texte de Burke. et encore c’est avant le paroxysme de terreur qui va balayer ce royaume, aimé de Dieu et des hommes, qui était alors le plus peuplé et prospère d’Europe.
mais la folie égalitaire des jacobins, ce torrent d’horreur et de terreur criminelle va détruire cet régimes d’ordres pacifique et modéré, qui avait su épargner à la France la guerre et l’invasion depuis prés de 75 ans et faire de ce pays la nation la plus évoluée et la plus brillante du monde.
Vont suivre 25 ans de terreur, de guerres, de misère, de folie meurtrière; plus de 3.5 millions d’européens vont mourir dans ce premier holocauste européen, dont plus d’un million de jeunes français (ce qui est supérieur aux pertes de la première guerre mondiale, en proportion); la france perd à cette époque -et pour longtemps- son leadership économique, démographique, militaire (aboukir, trafalgar, waterloo) et culturel.
Plus grave, nous allons contaminer pour longtemps l’europe entière (et le monde) avec le virus du nationalisme et de la terreur révolutionnaire.
Burke savait d’instinct et d’expérience que la raison, la tradition, le pragmatisme, l’évolution progressive de la coutume et du droit, même non écrite, valait mieux que le déchainement des passions et la table rase.
Pas Rousseau, ni Robespierre, ni Danton, ni Sieyes, ni Marat. Pour notre malheur.
bon dimanche
juin 8, 2008 at 7:48
Oui, c’est la grande force des écrits Burke. Il a vite compris que la légitimation de la violence au nom du progressisme (il le dit, je ne sais plus où, grosso modo : on mobilise aisément avec l’étendard de la fausse liberté) annonçait bien des catastrophes. Notamment à l’échelle de l’Europe.
Tout cela nous a conduit non seulement au déclin peut-être fatal mais aussi à la fréquentation des pires crapules, la sympathie automatique pour tous les illuminés sanguinaires etc