Le programme d’Avignon est… moderne :

« Si La Divine Comédie est un texte qui accompagne Romeo Castellucci depuis son adolescence, il n’en propose pas une « adaptation » littérale. Son travail est inspiré par ce texte, comme il l’écrit dans ses notes de travail : « Lire, relire, dilater, marteler et étudier à fond La Divine Comédie pour pouvoir l’oublier. L’absorber à travers l’épiderme. La laisser sécher sur moi comme une chemise mouillée. » »

Source.

Camarade moderne, l’adaptation littéraire (littérale), cette rigueur du texte, faut oublier tout ça maintenant, trop emmerdant.

Dante n’avait pas pensé au slam. Et si le destin d’une oeuvre c’était de s’adapter pour ne jamais être désuète ? Pourquoi je dis que c’est l’oeuvre de mon adolescence ? Parce c’est un pont, un passage, le carrefour d’un âge, un pont rejoignant plusieurs rives, dépassant le flot de notre existence, tu vois. Tu vois, j’crois que c’est notre rôle, adapter non pas en fonction du support ou du public, mais en fonction de l’époque, être intemporel parce qu’être ancré dans son temps, tu vois, on peut imaginer l’interprète infuser son texte, ne pas l’apprendre, non, l’éprouver, dans sa chair, dans son corps, le rapport au corps c’est important tu sais, et apparaître sur scène, le texte infusé, Dante s’épandre comme une nappe de thé dans du lait, tu vois, et l’interprète, l’emprunteur, le transporteur, le contenant, l’Ôtre c’est Dante, mais c’est aussi ton compagnon de salle, il n’y a plus de rôle, d’auteur, de spectateur, il y a synergie, symbiose, partage, tu vois, et donc, le compagnon, il peut exprimer ce qu’il a ressenti au fond de son corps, son sachet de thé, si tu veux,  le métissage du lait et du thé, le brun et le blanc, la sueur de celui qui éprouve au fond de lui-même Dante métissée à l’humidité d’un linge propre, sans textes, c’est fini ça, trop rigide, pas infusé, non pas s’adapter pour adopter Dante mais adapter Dante pour l’adopter, de l’improvisation sur la base d’une imprègnation d’un texte, tu vois, et après, pour improviser, parce qu’en fait l’interprète, c’est un peu le pont entre deux époques tu vois, le fil conducteur entre un public moderne et une oeuvre en arrière-plan, c’est ça le décor, c’est ça la disposition d’un théôtre et c’est ça une scène, tu vois,  mais il n’y a pas de disposition, il n’y a que des positions, modulables, interchangeables, et donc, une improvisation méditée sur une rythmique slam, non pas s’approprier Dante, mais le rendre approprié, moderne, accessible, le partager, le transcender, le transmettre, la continuité de l’esprit, l’Ôtre comme relai et comme récepteur, l’incarnation s’il fallait être rétrograde, parce que tu vois Dante, finalement, sa Divine comédie, bah, quelque part, c’est aussi la nôtre, nous l’Un, nous l’Universel, nous sommes Dante, tu vois ?