People don’t live or die, people just float.

J’aime bien citer Dylan comme si c’était un grand auteur ou parole d’Evangile. Tout de suite, ça casse le pontifiant du titre.

Donc, je crois que mes copains libéraux-etc me chatouillent. L’occasion de mettre au propre l’état de mes profondes réflexions en la matière. Pardon pour les fautes, tout ça, je ne suis pas payé. L’idée de ce billet date d’hier soir, j’avais intitulé ce machin ” Dieu est un fumeur de Dunhill” en réponse à mes copains libér-anar-etc. C’était inutilement boute-feux alors je n’ai conservé (!) que ce qui me semble avoir du sens. Je -re-publie ce petit truc en hommage à Mme la Crevette (c’est tout de même ridicule de s’apeller par des pseudos -salut Baroque et Fatigué, salut le Bal des Dégueulasses, salut La crevette, salut Le Grand Charles, salut XP- mais on n’a rien trouvé de mieux).

S’il fallait synthétiser de façon brouillone, voilà l’idée :

L’économie = la vie
Contrôler l’économie, c’est contrôler la vie. Hayek note que tout contrôle de l’économie se traduit concrètement, politique expérimentale oblige, par le totalitarisme, le contrôle de la vie.
Contrôler la vie est une amibition vaine. Précisément parce que le contrôle ne peut être établi rationnellement.
La vie ne répond pas de la raison : elle est absurde, tout y est dissonant. Toujours selon l’exemple économique, l’agent n’est pas rationnel ou pas suffisament pour prétendre au contrôle.
La vie est absurde (dissonante), elle n’a pas de sens. La raison conclue à l’impossibilité du contrôle, précisément parce que la vie n’est pas rationnelle.
Plus précisément, la vie est absurde, elle n’a pas de sens du point de vue rationnel.
En revanche, elle a un sens selon la foi, les Ecritures. Ce qui rationnellement n’a pas de sens, a théocentriquement un sens.
Ce qui fait sens, c’est bien la foi.
A contrario, tout ce qui s’écarte de l’Ecriture n’a pas de sens.

L’économie est un sujet éclairant car elle vise à retranscrire en terme de flux les interactions entre les hommes, les souhaits et les aspirations des hommes. Il y a une économie de tout, du sexe, de la déprime, du cercueil, du mariage, de la maternité, de la fête etc tout ce qui compose l’existence.
Et cette existence ne répond pas à donnes rationales, ne s’établit pas rationnellement. Tout le monde en convient, cherchez sur le net les pétitions de l’ENS Cachan, Edward Fullbrook, les limites de la modélisation mathématique de la finance, l’économie comme physique quantique de l’existence, le mécanisme comme seule explication, les postulats rationalistes néo-classiques, son actualisation par la raison limitée elle-même actualisée etc

Une sorte de principe d’indétermination appliqué à l’économie.
Un génie avait pointé ces limites en économie. Il s’agit d’Hayek. En passant, l’ENS Cachan utilise ses solutions pour préconiser un rapport plus sciences sociales à l’économie. Certaines personnes sont étranges. Bref, Hayek. Ce qui suit est très résumé.
Il s’est malheureusement limité à démonter la prétention scientiste et techniciste de certains économistes (marxistes) pour mieux pointer la menace totalitaire de ce dirigisme. Hayek pense que cette volonté de contrôle a pu être acceptée selon deux acceptations serviles :

- les individus consentent à moins de liberté économique selon l’idée “au fond, si l’économie -d’où vient toute la misère humaine selon les marxistes- est contrôlée, certes nous aurons moins de liberté mais ce schéma correcteur nous épargnera de la misère”. Postulat gagnant-gagnant rationnel. Foi rationaliste entraîne délég²ation de compétence
- le rationalisme, l’orgueil scientiste dit Hayek, la prétention humaine à trouver la Vérité,

Hayek ne se pose pas la question de savoir pourquoi cette modélisation, ce contrôle est impossible. Ou plus exactement, il passe une théorie de l’ordre spontané, sorte de théorie des organisations, pour dire que les comportements d’individus libres sont indéchiffrables puisque spontanés. Cette spontanéité résulte de la liberté ; donc, vouloir contrôler, diriger, prévoir c’est vouloir ôter toute spontanéité des comportements, donc retirer toute liberté. Et donc, il pointe la menace totalitaire, la route de la servitude consentie, je fais confiance aux bureaucrates technicistes et je consens à moins de liberté en matière économique pour vivre mieux.

Or, et c’est malheureux car il n’insiste pas assez à mon goût sur ce sujet, cette subsidiarité n’est pas valable parce que l’économie est la transcription économique de l’existence.
Vouloir contrôler l’économie (la production et la consommation), c’est vouloir contrôler la vie. Dans un chapitre de la route de la servitude, il cite un auteur qui dit mot pour mot cela.
On achète des roses quand on convoite, on achète du champagne pour fêter un heureux évènement, on prend d’urgence l’autoroute pour aller voir un proche malade etc. Rien n’est établi en économie et le probabilisme n’est qu’une approximation mathématiquement impossible à étendre à une échelle réelle -d’où la modélisation- (j’avais exemplifié autrefois cette idée avec le marché de la rose).
En somme, la question de la planification, du dirigisme pose la question du contrôle de la vie. Peut-on contrôler ce qui est spontané ? Hayek répond négativement pour mieux pointer la menace totalitaire.
En bon libéral, il répond en faisant appel à cette notion passe-partout de liberté. Arendt, ce rapport progressiste délirant à l’amélioration de la vie qui va jusqu’à proposer la suppression d’un groupe identifiable comme solution pour une vie meilleure. Cette volonté de contrôle de la vie, qui n’est pas sans rappeler celle qui guide l’idéologie de l’avortement. On retrouve les mêmes délires technicistes (les nazis ont inventé le génocide industriel et rationnel, tests de gaz les plus efficaces, codification des procédures d’extermination, cahier des charges, rendement, allocation efficace des ressources etc.), cette idée pour le moins étrange de la mort au service de la vie ou plus exactement d’une vie meilleure.

Or, cette ambition de contrôle de la vie est vaine -et dangereuse, cf Hayek-.
La vie n’est pas prévisible, précisément parce qu’elle est existence.
La vie n’est pas rationnelle.

Finalement, tout dépasse l’entendement. La raison ne parvient pas à expliquer la vie ; elle veut dire le tout de l’existence et devient réductrice (modélisation). Le rationalisme ne supportant pas le paradoxe. Le logos grec ne tolère pas le paradoxe ; le logos chrétien est ontologique, il n’est pas logique. La vie est absurde parce tout y est dissonant, paradoxal selon la raison ; la planification, la retranscription rationaliste des interactions humaines est imposible pour des raisons techniques, pour le savoir -divin- inaccessible à l’homme qu’elle requiert, parce que tout dépasse l’entendement humain. Tout y est dissonant (étymologie d’absurde), rien n’a de sens. Pour reprendre l’exemple du marché de la rose : pourquoi oublie-t-on un anniversae, pourquoi ne respecte-t-on pas la coutume, pourquoi telle couleur, pourquoi l’un va abandonner cette coutume, l’autre la perpétuer, va-t-il la transmettre et perpétuer ainsi ce marché, pourquoi en cas d’oubli certains préfèrent offrir en retard et d’autres ne pas offrir/ se reporter sur un cadeau plus cher, plus luxueux pour se faire pardonner, reporter le cadeau à une occasion de moindre importance, pourquoi les bureaucrates qui auront accès aux variations chiffrées du marché feront de l’agiotage ou non (obligeant par là même à adopter des modèles correctifs) dans quelle mesure, comment modéliser, théoriser toutes ces données etc. Du stochastique et tout plein de trucs.  Et encore avec toutes ces variables, nous n’arrivons qu’à des probabilités. Et la prise de décision sur des probabilités de survenance de comportements économiques se nomme spéculation (considérant que le plus petit dérèglement économique aura des conséquences sociales désastreuses selon les marxos, rien n’est donc tolérable, le marxisme exige la sûreté, toute incertitude entraîne déséquilibre) ; la même spéculation qui est à l’origine des dérèglements socio-économiques selon les marxistes et qu’ils ont cherché à éviter en planifiant. On n’en sort jamais. En outre, les marchés ne sont pas imperméables entre eux etc, c’est impossible, soyons clair.

Cette volonté de contrôle, comme représentation du monde, hihi, est vaine. Précisément parce que la vie est absurde (dissonante). Tout est paradoxe et incertitude. Au fond, l’économie s’explique mieux par la vie (ce que les libéraux nomment “liberté”) que par la raison. Le libéralisme économique pourrait donc être un aveu d’impuissance de la raison. C’est, AMHA, sa grande force : il s’accommode de l’impuissance de l’économie, du politique, de la technique, du savoir humain. L’économie étant une chose complexe  -vaine- qui vise à forger de la raison sur des enclumes informes, sans consistance et elles-mêmes malléables. Et c’est précisément ce qui me séduit dans cette idée de libéralisme. Cette humilité, n’ayons pas peur des mots.

Nos raisonnements humains condamnent ce qui semble insensé. En revanche, si tôt que l’on se tourne vers les Ecritures, tout -ré-acquiert un sens.

Je crois parce que c’est absurde (Voltaire n’avait rien compris à cette phrase, et est passé complètement à côté de son sens, toujours jouissif de voir un prêtre moderne accomplir sa vocation : se ridiculiser à l’aune de l’Histoire), parce que tout résulte d’un Esprit qui nous est supérieur, que nous ne pouvons comprendre le sens de la vie en dehors des Ecritures.

Le Fils de Dieu ayant été mis dans le tombeau est ressuscité! je crois que cela est vrai parce que c’est une chose qui paraît impossible.

C’est la véritable citation de Tertullien, reprise par Saint-Augustin (credo quia absurdum), mise en équation par Pascal (on peut s’interroger sur l’utilisation de la raison pour la démonstration de la validité de ce qui lui est supérieur ; ce qui apparaît comme illogique aux yeux de la raison, a théocentriquement un sens) et reprise par Kierkegaard.

Le Christ est le paradoxe absolu selon les mots de Kierkegaard. La foi chrétienne, le paradoxe de cette foi c’est que notre existence, nos perspectives existentielles se confrontent à des vérités essentielles, intemporelles. Le paradoxe absolu étant que c’est l’existence de Jésus -existentiel et éternel, divin et humain- qui a révélé l’essence de toutes choses (Ricoeur parlera d’un passage de la phénoménologie du logos à une phénoménologie du temps et c’est exactement ça, mec). Après, Sartre le Batracien et Camus  (roooh) ont pillé, appauvri et laïcisé ce philosophe ignoré, pardon ce “poète chrétien” selon ses propres mots.  Faut dire qu’il a tout fait pour être indéchiffrable. A cet égard, j’invite mes lecteurs à s’intéresser au personnage : un véritable chrétien (…), un dandy, un romantique, un esthète (grosse dédicace !), un rebelle,  un tombeur avant sa période chrétienne (sa malheureuse gonzesse, même avec les coiffures ridicules de l’époque avait son potentiel), une puissance de travail dingue, une capacité incroyable à manier les concepts, à en jongler, un modèle pour nous tous. Bon, certes, il a mal fini…

Ce qui apparaît comme tombé sous le sens, n’a premièrement aucun sens ou tout au plus un sens faussement rationnel et deuxièmement tout cela était prévu par Celui qui enseigne la vanité de toutes choses et l’absurde de la vie. Par ces enseignements, ce qui n’a aucun sens sous l’empire de la raison a du sens selon les Ecritures. De là vient tout l’absurde de la vie, le paradoxe, l’illogique. Par cela, la seule Autorité légitime est celle de Dieu et son représentant sur terre. Celui qui a prévu la vanité de toutes choses terriennes, l’absurde de la vie ne peut être que Créateur puique tout part et tout revient de là. Il est l’autorité, la seule qui vaille. Ce qui à première vue a un sens n’en a pas, ce qui n’a pas de sens, en a un. L’absurde, le dissonant, c’est que notre existence est sous l’emprise de la raison, quand le sens n’existe que dans la foi.

Il faut donc vanter l’humilité, devoir fondamental du chrétien, sortir des chimères explicatives du jour, désuètes le lendemain. Tout est vanité et il n’y a qu’auprès de Lui que tout fait sens.

Il me semble (!) que tout est vain en dehors des Ecritures, j’ai expliqué plus ou moins intelligiblement pourquoi. Tout est dissonant, absurde, rien n’a de sens et la raison peine à retranscrire ce qui n’a de sens qu’à la lumière de Dieu. Autrement dit, tout est vain en dehors des Ecritures. Alors, ma critique était et reste celle-ci : toute critique des ensembles de Christine Boutin est vaine (et pourtant il y aurait de quoi critiquer). Pareillement, on se fout de la critique du rationnalisme néo-classique par les tenants de la raison limitée ou des limites de la dualité ondo-corpuscule, c’est de la branlette pour le CV, pas plus. Toute critique doit être fondée du point de vue du Sens ; autrement, elle n’a pas de sens. La raison ne parvient pas à expliquer la vie. J’ai cité l’exemple de l’économie. Ce qui est absurde du point de vue de la raison, a un sens du point de vue de la foi. Premièrement, parce que celle-ci enseigne l’absurde de la vie. Bref, la grande force des tradis c’est d’expliquer théologiquement le déclin de l’Eglise quand les modernistes font appel au vent en justifiant de telle mode, puis de telle autre etc. En la matière, quand on parle des choses sérieuses, entre gens comme i’faut, une critique n’a de sens qu’à la lumière des Ecritures. Il n’y a qu’à travers celles-ci que la critique acquiert du sens. Il faut absolument retourner au Sens.

Le reste n’est que poursuite du vent.

Voilà. Plût à Dieu qu’on réglât ainsi toutes les querelles comme disait l’autre.

PS : Un petit truc de derrière les fagots qui fait office de guideline à Charlie :

Les doctrines des saints n’ont rien de comparable
À ce dont lui-même il s’est fait le miroir:
Elle a mille trésors qui se font bientôt voir,
Quand l’oeil a pour flambeau son esprit adorable.
Toi qui par l’amour-propre, à toi-même attaché,
L’écoute et le lis sans être touché,
Faute de cet esprit, tu n’y trouves qu’épines;
Mais si tu veux l’entendre et lire avec plaisir,
Conformes-y ta vie, et ces douceurs divines
Viendront s’offrir en foule au choix de ton désir.

Que te sert de percer les plus secrets abîmes
Où se cache à nos sens l’immense Trinité?
Si ton intérieur manque d’humilité,
Tu ne saurais offrir d’agréables victimes.
Cet orgueilleux savoir, ces pompeux sentiments,
Ne sont aux yeux de Dieu que de vains ornements.
Il ne s’abaisse point vers des âmes si hautes;
Et la vertu sans eux est de telle valeur,
Qu’il vaut mieux bien sentir la douleur de tes fautes
Que savoir définir ce qu’est cette douleur.

Porte toute la Bible en ta mémoire empreinte;
Sache tout ce qu’ont dit les sages des vieux temps;
Joins-y, si tu le peux, tous les traits éclatants
De l’histoire profane et de l’histoire sainte;
De tant d’enseignement l’impuissante langueur
Sous leur poids inutile accablera ton coeur,
Si Dieu n’y verse encore son amour et sa grâce;
Et l’unique science où tu dois prendre appui,
C’est que tout n’est ici que vanité qui passe,
Hormis d’aimer sa gloire, et ne servir que lui.

C’est là des vrais savants la sagesse profonde,
Elle est bonne en tout temps, elle est bonne en tout lieus:
Et le plus sûr chemin pour aller vers les Cieux,
C’est d’affermir nos pas sur le mépris du monde.
Ce dangereux flatteur de nos faibles esprits
Oppose mille attraits à ce juste mépris;
Qui s’en laisse éblouir s’en laisse tôt séduire:
Mais ouvre bien les yeux sur leur fragilité,
Regarde qu’un moment suffit pour les détruire,
Et tu verras qu’enfin tout n’est que vanité.

PS 2 : On pourrait également évoquer le film des géniaux Coen adapté du génial McCarthy : No country for old men.  A l’époque, Sorpasso -toujours impeccable- avait commis un billet sur ce sujet, j’avais suivi.

Le Vatican voit dans ce film un désert d’espérance. Il ne le recommande pas.

NCFOM est la stricte adaptation du monde sans Dieu. L’homme n’est que chasseur (la scène d’ouverture, les animaux etc), ses rares moments de charité le condamnent, le fric, la technique, sa vie se résume désormais à 20kg de papier (toute la vanité de  l’entreprise), l’irrémédiable décrépitude qui l’attend etc.
Je considère ce film, ce livre comme un plaidoyer pour la foi. Comment pourrait-il en être autrement ? Ce monde apocalyptique n’est pas souhaitable.
La créature est exaspérante parmi les paysages sublimes du Créateur ; tout est intégralement laid dans un cadre pourtant remarquables. Le contraste est saisissant. C’est tout l’échec de l’homme qui s’est égaré des Ecritures qui apparaît dans ce film.
Les seules poches de Beau, les rares hommes de Bien sont maculés de sang, exterminés ou se retirent. Chigurh ne fait pas dans le détail des âmes ; la justice ne l’intéresse pas, ici-bas il n’y plus rien à sauver. L’Ang eexterminateur.

Au fond, un raisonnement par l’absurde pour montrer l’absurdité de la vie sans Dieu.

Je peux donc regretter cette mise à l’index (façon de parler, mais l’anachronisme est assumé en ces lieux) mais ma petite personne n’a pas vocation à rivaliser avec l’infaillibilité pontificale. Après tout, l’Eglise peut préférer l’Amour comme moyen d’adhésion aux Ecritures plutôt que le mépris pour le monde humain pour la même fin.
J’observe que ces considérations ne sont pas si éloignées de celles qui ont pu être émises par certains membres de la réacosphère : pourquoi Diable insister sur la laideur de l’époque lorsqu’on pourrait mettre le Beau en première page ?
Un rapport rhétorique, voyez ce qu’est l’époque et ce qu’elle pourrait être ; l’espérance, en somme. D’où la critique du Vatican. Et il est vrai que NCFOM ne désigne aucune alternative, ne montre pas ce qui pourrait advenir si chacun suivait les Ecritures. En somme, mot pour mot le commentaire qui avait été rédigé par le Vatican à l’époque des Oscars.

Et puis, j’ai mal aux doigts.