Yesterday was the time of lavishness. Ca fait des semaines que je suis complètement déconnecté. A l’Est d’Eden, comme James. La dernière fois que j’ai zappé, c’était Drücker (celui qui replace son micro avant de rire spontanément) un Dimanche soir. Il y était vanté un bouquin de contes africains, un truc genre la gazelle et le lion, et, en fait, le monsieur nous disait que c’était super profond, en fait, quand on y pense, et juste avant ou juste après, je ne sais plus, le même monsieur dont on taira le nom disait que l’arabe du coin qui fait de la grosse marge et va t’acheter des clopes fait partie, tenez-vous bien, de notre “identité nationale”. Carrément. Monde de fous. J’ai même raté la spéciale Bébel; Bébel, putain.

Toutefois, dans un endroit de safe convivialité, j’ai entendu Sarkozy s’agiter dans une boîte. C’était au début du conflit israëlo-palestinien, comme on dit. Il disait quelque chose comme la guerre n’est pas acceptable, une villepinerie dans la veine de la guerre est la sanction d’un échec, on devine l’état de la civilisation qui est représentée par ce genre d’orateur.

Immédiatement après ces agitations, j’ai pensé à quelqu’un. Vérification faite, je suis satisfait de moi. Un extrait d’un cours de Finky :

Carl Schmidt crédite les Temps modernes d’une sorte de miracle : le Hegung des Krieges, expression que l’on traduit par domestication de la guerre et qui signifie à la fois que l’Etat circonscrit la guerre à des objectifs rationnels, qu’il en civilise les moyens et les formes de déclaration et de conclusion et qu’il en protège l’existence de façon à se protéger lui-même des effets dévastateurs d’une idéologie de la suppression des conflits.

Pourquoi dévastateurs ? Pourquoi une idéologie visant la fin des guerres serait-elle destructrice ? Parce que la volonté de faire vivre l’humanité dans la paix, l’harmonie, la plénitude ne se reconnaît pas d’ennemi légitime. Violence de l’idylle, férocité de l’utopie. Dès lors que l’humanité devient le sujet de l’Histoire et de la politique, la menace apparaît de voir la distinction de l’ennemi et du criminel s’effacer une nouvelle fois. Rien n’est plus dangereux que l’appropriation de l’universel.

“Malheur au Roi qui  reste sourd à la voix de Dieu le pressant de tuer tous les hérétiques ! Tu ne dois pas faire la guerre pour toi, mais pour Dieu” disait à Ferdinand II, son conseiller Scioppus. Ainsi fut lancée, pour écraser le protestantisme, la Guerre de Trente Ans. Et ce sont les traités de Westphalie qui, en 1638, établirent un ordre juridique fondé sur la raison d’Etat et l’équilibre des puissances. Mais quand l’homme s’empare du trône divin, au lieu de le laisser vide, alors de nouveaux Scioppus surgissent et tel Carrier chargé par la Convention d’écraser en 1793 la révolte des Vendées, s’écrient : “C’est par principe d’humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres”. Idem est hostis, idem rebellis. Et ce que les jacobins ont fait à échelle encore artisanale, les bolchéviques l’industrialiseront. Ils renverseront cette grande devise du droit public européenn qu’est la formule de Clausewitz : “La guerre, c’est la politique poursuivie par d’autres moyens” pour faire de la guerre et même de la guerre civile le modèle de la politique.

Exemple : Leur morale et la nôtre, de Trotski, écrit en 1938 alors qu’il est en exil et qu’il est pourchassé par Staline. Trostki y affirme sans ambages que “la guerre civile, forme culminante de la lutte des classes, abolit violemment tous les liens moraux entre les classes ennemies”. Il reconnaît que la guerre civile est la plus cruelle des guerres, qu’elle ne se conçoit pas sans violence exercée sur des tiers et, tenant compte de la technique moderne, sans meurtre de vieillards et d’enfants. C’est d’ailleurs ce qui se passe, au moment même où Trotski écrit en Espagne. Mais qui veut la fin (dans le cas précis de la guerre d’Espagne, la victoire sur Franco et de façon plus générale, le socialisme, c’est-à-dire l’accroissement du pouvoir de l’homme sur la nature et l’abolition du pouvoir de l’homme sur l’homme) doit vouloir les moyens (la guerre civile avec son cortège de crimes). “L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes” écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste. Lénine, Staline et Troski complètent ou radicalisent cette assertion en proclamant que la lutte ultime est une guerre et que cette guerre ne doit pas être circonscrite, ou domestiquée car c’est une guerre d’anéantissement. Il n’y pas d’adversaire humain à l’humanité en marche pour son émancipation.

Déjà Danton disait : ” Ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables mais il faut qu’ils meurent parce qu’ils sont hors de place, entravent le mouvement des choses et gênent l’avenir”. Non pas l’avenir d’un groupe, d’une classe, d’une nation particulière, mais l’avenir de l’universel, l’avenir de l’humanité même. A cela, Carl Schmitt répond :

“Ce n’est en aucun cas un progrès dans le sens de l’humanité de mettre hors la loi, en la déclarant réactionnaire et criminelle, la guerre dans les formes, soumise aux règles du droit des gens européens, pour déchaîner, à sa place, au nom de la guerre juste, des hostilités de classe ou de race, à caractère révolutionnaire, auxquels font défaut le pouvoir aussi bien que la volonté d’opérer la distinction entre un ennemi et un criminel”.

Cette critique repose, en dernière instance, sur le pessimisme anthropologique de Carl Schmitt, ce qu’on pourrait appeler son anti-rousseauisme radical. Carl Schmitt, en effet, classe les théories de l’Etat en deux catégories. La première postule un homme corrompu par nature; la seconde, un homme bon par nature. La sienne appartient évidemment à la première catégorie. De la méchanceté naturelle ou de la dangerosité de l’homme, il tire la nécessité du gouvernement, par opposition aux libéraux qui professent que l’homme est naturellement tourné vers l’utilité et en déduisent sa capacité spontanée à s’organiser en société. Et par opposition à ceux qui font de l’histoire un grand récit triomphal, une épopée de la Raison, Carl Schmitt ne croit pas à une réconciliation ultime, à une reconnaissance finale de l’homme par l’homme. A l’idée d’eschaton, c’est-à-dire l’accomplissement des fins dernières, il va jusqu’à opposer l’étrange figure du katechon, la puissance qui retient la fin des temps, qui empêche le triomphe des forces adverses, l’avènement de l’Antéchrist. Cette figure apparaît dans la deuxième Epître de Saint Paul aux Thessaloniciens. Paul veut calmer l’impatience des convertis qui attendent la venue du Seigneur :

” Nous vous demandons de n e pas vous agiter si vite, sans intelligence et de ne pas vous laisser troubler ni par un esprit, ni par une parole, ni par une lettreze qu’on dirait de nous comme quoi le jour du Seigneur serait là… Le mystère d’iniquité est déjà à l’oeuvre : que s’écarte seulement celui qui le retient encore et alors sera dévoilé l’Inique, lui que le Seigneur supprimera par le souffle de sa bouche et abolira par l’éclat de sa venue”.

Le souci métaphysique qui imprègne la pensée juridique et philosophique de Carl Schmitt, c’est le souci non de hâter, mais de retarder la fin .

J’espère que vous avez lu.

A posteriori, Finky humilie gentiment Sarkozy.

Deux, il cite Carl Schmitt. Il cite, il le cite, Carl, plus loin, Schmitt. S’il le cite, c’est pour la qualité de son oeuvre.  Au moins en partie. Marque d’intelligence. Il faut relever ce fait. Finkielkraut œuvre pour la pensée, une illustration de plus, et dit tout bas ce qui est tu plus haut et c’est très bien. Est-ce que, lorsque la Diversité règnera, à ce moment, est-ce que, donc, les intellectuels musulmans (car il y en aura) citeront, par exemple, des Croisés pour la qualité de leur œuvre dans des cours de haute tenue ? Je ne sais pas. C’était une question incidente, de toute façon.

Je vous parlerai des juives et de mes profondes réflexions sur la question juive, plus tard. Le forcing pro-palos insupportable et la bêtise droitarde qui persiste -encore…- m’y incitent. Ca me fixe des objectifs d’assiduité.

Rem : Barton Fink, lui aussi, préfèrait la paix à la guerre et l’Ôtre à son voisin. Il croyait même dans un autre monde, un monde de Dialogue et de Tolérance.