A voir tous ses clips, pour le plaisir.

Quand j’étais jeune, car je ne suis pas soustrait aux règles du temps, j’ai fait quelques soirées avec Karim T., une sorte d’Eddy Barclay du rap FR, en plus métèque et avec des budgets moindres. Grosse culture musicale, tout de même. Car oui la musique m’a poussé dans des coins forts obscures. Parmi les jeunes réactionnaires foeunes et trop déca, (- déca? – déca, lait), schyzo totale, les tapins, très peu de bourriers dans mon souvenir, il y a un certain cahier des charges dans ces milieux-là, les mecs de banlieue, les blacky black, les rappeurs, les bobos, il y avait des bréqueurs, des hip-heaupeurs, et tout. C’était un temps où des jeunes réactionnaires foeunes s’intéressaient à tout, où des chercheuses du CNRS en “sociologie”, pour le coup plutôt bourrier,  faisaient leurs thèses sur ces “mouvements”, et Michael était là.  Pour moi Michael Jackson, c’était ça, ce truc désordonné, la mondialisation, l’idée que ça va bien se goupiller, une certaine allégresse dans le métissage, un certain optimisme. C’était le temps des fleurs.

Michael était plus ou moins le symbole de tout cela. A commencer par les brécoeurs  qui ne faisaient rien d’autres que du sous-Michael. C’est entendu, le break n’a jamais été plus que du Michael Jackson de banlieue, avec tout ce que cela comporte. Je pense que c’est aussi cela que pleurent les fans obèses.

Aujourd’hui, j’imagine que les mecs de banlieue vont à la mosquée, que les blacky black s’habillent en XXXL, que les tapins tapinent dans un Zara par nature quelconque ou au mieux une boutique branchouille ou un nième resto laounje avec des assiettes rectangulaires, que les bobos yoggisent, que les toys astiquent leurs petits nems, que Sony BMG poursuit les pirateurs et que les autres réacs, devenus moins foeunes, poursuivent des études honnêtes pour avoir plus tard un digicode sur les bons boulevards et réparer la toiture du refuge champêtre. J’attends la guerre civile malgré moi, chantait Ekoué de la Rumeur. Et encore, je suis né trop tôt; il y a 20 ans, le fils Cassel graffait avec Didier Morville sur du Michael. C’était, j’imagine, une époque où l’on avait pas encore saisi ce que la Diversité impliquait, les conséquences de l’immigration massive, une certaine naïveté. Moi-même au lycée, pas des années-lumière donc, je me souviens d’éditos d’Olivier C. complètement perché dans Radikal, le genre jack languien à voir du Baudelaire chez le premier crétin analphabète de banlieue et à célébrer les apports de la Diversité à la littérature françèèèèèèèèèèèèze (Booba est cité dans la NRF la revue littéraire, pas la Nouvelle Réaction Française, hein, etc.). Olivier C. est par ailleurs un expert de Michael Jackson, ça c’est pour la valeur démonstrative de mon petit chant funèbre.

La prise de conscience se fait donc très doucement. Déjà, Kool Shen, trop blanc, se faisait rembarrer par les amis de Nas au moment du clip d’Affirmative action. Nou Yorque, Nou Yorque. Bref, la vie a repris son cours, les choses se mettent doucement en place, et c’est donc logiquement que Michael, incarnant toute cette naïveté, ces blancs qui dansaient dans la joie et la bonne humeur avec des noirs, est mort. Il est enterré avec pour seul cortège des lettres mortes, des idées creuses, des espoirts de lendemains heureux déçus. Il est mort, parce qu’il le fallait, parce que tout tend désormais à se préciser. Avant que tout se fige. R.I.P.