Quelques conseils des services Lobbying et Veille littéraire de LGC SA.
Faut-il acheter le numéro spécial Polar de Lire ? Non. Aucun intérêt, aucune plus-value. Une dizaine de portraits, quelques previews et pis c’est tout. Pourquoi l’avoir acheté alors, jeune crétin ? Je n’aime pas lire dans un Relay ou une librairie. On passe vite pour pervers et radin.
Pour faire plaisir au père Quignon Pignon (celui qui demandait en quoi l’Eglise est plus légitime qu’Act-up et qui me reproche d’écrire des billets sans contenu, le tout sur une note avec pas moins de 3 vidéos de Jean-Jacques Goldman, 3 vi-dé-os de Jean-Jacques et il dit qu’il n’y a pas de contenu, quel goujat, quel snobinard arrogant ! ), je vais fournir du contenu, comme Dailymotion et Orange broadcasting. Ca emmerdera Canal, en plus.
Donc, voici du contenu, une petite liste de polars pour cet été pas franchement undâground puisque classique mais ça peut toujours vous servir. Je lis souvent comme cela, en m’imposant des sessions de style, de genre ou d’auteurs. Tout cela est donc très original. Petite liste sans prétention.
Dans le genre obsessionnel, Ethan Coen, J’ai tué Phil Shapiro (en VO c’est mieux mais faut être habitué à l’anglais populo et on attrape vite la fâcheuse manie du retour sur investissement dans des copies, ce qui n’est pas très académique). Recueil de nouvelles, de scénettes. Il faut aimer. Entre autres, un détective privé Hector Berlioz qui écoute la Symphonie fantastique et qui n’aime pas ses clients, très attachant et très cinématographique. Ce mec sait créer des personnages, c’est fascinant. Dans le genre “on n’est jamais loins du cinéma”, le film Mystic river et 1275 âmes de Jim Thompson.
En vrac, The long doog bye de Chandler, La voie de l’ennemi de Tony Hillerman, La Proie et l’ombre de Ranpo, Raymond Chandler, parcours d’une oeuvre de Jean-Paul Scheiwghaeuser, Frontière des tenèbres d’Ambler, Le dossier 113 de Gaboriau (au rayon “les français ne sont pas toujours à la ramasse”). Voilà, enjoy !
De l’excellente BO d’O'Brother et de Chris Thomas King (from Baton Rouge !) qui était bon jusqu’à ce qu’il saccage tout ce qu’il fait avec du ipe eaupe.
Aveugle qui a vu (vie plus que misérable et pourtant il n’a eu de cesse de chanter la foi), grand classique de la chanson religieuse américaine, sublime.
Dans le dernier billet sur le film je collais une scène avec le vieux Ellis qui me semble être un condensé de ce que serait l’esprit américain, au moins sudiste. A travers les paysages et les dialogues, ce film traduit parfaitement ce que j’ai appelé pompeusement la métaphysique des USA.
Un pays où les codes dominent. Pas de formalisme ou de légalisme débridé. On est entre nous, on se connaît. Cette scène m’a particulièrement fait penser à un bouquin de Faulkner et je suis persuadé que McCarthy s’en est inspiré. La scène à laquelle je pense est un passage des Snopes de Faulkner où les Snopes (parasites opportunistes sans foi ni loi, symboles des Temps Modernes dans un Sud qui jusqu’à leur arrivée vivaient tranquillement et à l’ancienne), nouveaux maîtres du comté, créent de nouvelles lois, très dures et très formalistes, rompant ainsi avec le pragmatisme, la soft law, les codes et coutumes d’antan. Ici, on est encore entre nous, le sheriff ne s’est pas encore retiré. On se comprend. On ne fait pas chier le petit pompe funèbre un peu bordélique avec des normes à la con qui emmerdent ceux qui veulent bosser. On est entre gens biens.
Or, ce petit Shériff de comté, aux codes aristocratiques est radicalement hors-sujet avec l’exterminateur Chigurh. Nous sommes toujours dans la structure de récit typiquement américaine où des gens qui a priori n’auraient rien à faire ensemble, ne devraient pas se croiser sont par le jeu des passions humaines confrontés. On imagine pas un Chigurh au fin fond du Texas chez les ploucs.
Et c’est cette immersion improbable de la modernité qui pointe la désuétude de l’ancien monde. Le Sheriff VS Chigurh ou même Chigurh VS Moss ou encore le chasseur de prime, ce n’est pas équitable. L’impuissance que relate le Sheriff dans son dialogue avec Ellis est celle de l’anachronique. On n’apprend plus à l’âge de la retraite, quand on est rescapé d’un monde qui disparaît.
C’est tout le sens de ce dialogue avec Wells :
Chigurh
And you know what’s going to happen now. You should admit your situation. There would be more dignity in it.
Wells
You go to hell.
Chigurh Let me ask you something. If the rule you followed brought you to this, of what use was the rule?
Wells
Do you have any idea how goddamn crazy you are?
Si les règles que tu t’es appliqué à respecter t’ont conduit au point de non-retour, de quelle utilité étaient-elles ? La scène de l’agua est également révélatrice dans le genre. Pris d’un remord, d’un devoir de charité, Moss manque d’y passer. La scène de la pute également : s’il avait cédé, s’il n’avait pas été fidèle, il serait tranquillement dans la chambre avec une bière et ne serait pas mort. Tout le film est une démonstration de force de la modernité sur la tradition, une certaine idée aristocratique de la conduite selon un faisceau de valeurs de la vie à mener. Lorsque le Mal règne, les gens de Bien paient cash.
Dans ce pays, on est sensible aux codes d’honneur. On prend soin d’envoyer les médailles au musée. Il y a du sens dans le combat pour sa terre. Jünger l’a écrit bien mieux que je ne puisse le faire. Ca veut dire quelque chose. On perpétue les exploits des anciens.
Et il n’y a rien de neuf. What you got ain’t nothin new. Il n’y a rien de nouveau dans ce que tu vis. L’oncle Max s’est fait abattre comme un chien par 7 ou 8 indiens. Moss se fait abattre comme un chien par 7 ou 8 mexicains. Et that was that ; as they say. Comme ils disent.
Les personnages de NCFOM sont intégralement laids, obèses, suants, mal fringués, kitsch, anti-sexuels. Ils ne sont pas haïssables pour autant. Ils ont des principes.
Moss pris de remords, va malgré tout porter de l’eau à un mourrant. La gardienne des mobil homes a des principes. Niet elle ne filera pas l’adresse de l’employeur de Moss (il y a une coquille là car Moss dit ne pas avoir de boulot au garde-frontière, il est vétéran). La mère de Carla Jean est sensible à la politesse. L’épicier de la station d’essence ne cesse de dire Sir à un casse-couille. Le paysan s’arrête sans qu’on le lui demande pour rendre service, il sort les crocodiles pour la batterie instinctivement. Il renseigne et aide. Le garde-frontière fait passer les vétérans du Nam (allusion à Walter de Lebowski j’imagine). Ils ont des principes, ce ne sont pas que des amerloques sudistes bêtes et méchants comme Le Monde voudrait nous faire croire.
Tout est dans ce passage :
He’s a peculiar man. You could even say that he has principles. Principles that transcend money or drugs or anything like that. He’s not like you. He’s not even like me.
Chigurh n’a pas les principes de l’autochtone. Là, dans ce décalage précis, il y a vraiment du Faulkner. L’élément déclencheur c’est le mec sorti de nul part, qui ne partage certainement pas les codes locaux. Chigurh et les mexicains. L’étranger ou l’Autre dans le Sud n’est pas l’objet de tous les fantasmes exotiques du new-yorkais.
Moss est encore plus vicié car il a intégré la force du dollar. C’est là où il a péché.
Dans l’époque moderne, on monnaye tout. Il n’y a plus de charité. Il n’y a plus de valeur, de codes, on maximalise tout. On fait attention à ses pompes, on paie sa chemise, quand à moitié mourant on ne peut tuer. La mort ou le dollar. On se soigne seul, on tue pour choper la carte de sécu, on tue celui qui nous a aidé. La seule variable acceptable est celle du hasard (le potentiel culte coin tossing). Pas de pitié.
La trad est vraiment à chier. Il fallait bien noter que le paysan l’appelle neighbor. Alors qu’il est complètement hors-cadre, seul dans le désert avec sa dégaine. La naïveté des autochtones.
La métaphysique des USA donc, parce que les sudistes sont complètement anachroniques, peu formés aux réalités modernes. Le canasson que le Shériff emprunte “n’est pas fait pour cela”, le Shériff est à cheval ou dans une caisse d’une autre époque (il n’a pas de radio pour appeler des renforts) quand Chigurh est dans la Technique et les mexicains roulent en 4X4. Ils n’ont pas les grilles de lecture qui leur permettraient de décrypter le mal moderne. Ils sont des Visiteurs, des paysans médiévaux qui pensent aller rendre hommage au Roy à Saint-Denis. Ils sont obsolètes. L’Histoire voudrait que ce soit fini pour eux. C’est pour cette raison que le Sheriff se retire (sur ce point l’anglais est bien meilleur et traduit mieux cette idée de retraite) mais j’y reviendrai dans une partie où j’explique en quoi ce film accuse les gens de bien qui ont renoncé, las d’attendre un signe de Dieu (cf la scène-clé où le Sheriff se confie au sage : I always thought when I got older God would sort of come into my life in some way. He didn’t. I don’t blame him).
Autre élément caractéristique de ce que j’ai appelé pompeusement la métaphysique des USA c’est l’idée de frontière et les grandes espaces texans.
Par rapport au code de la frontière, je me suis réfèré à un ouvrage-clé pour comprendre l’Histoire des USA intitulé The signifiance of the frontier in American History de Frederick Jackson. Les frères Coen ont dit que les paysages étaient clairement le personnage principal du film. D’où l’insistance sur les paysages qui serait lourd-dingue si elle n’était pas si magnifiquement filmée.
Le code de la chasse récurrent (du receiver, à la chasse de Moss qui le conduit au pire, la chasse à l’homme, le chasseur de prime etc) rappelle l’idée développée par Jackson à savoir que l’élément constitutif de l’identité américain c’est cette fuite en avant, ce dépassement de frontière, cette conquête d’étendues vierges. Donnez une frontière à un américain, il la dépassera. C’est plus ou moins vrai, ça l’a été vraiment pour les français. Les anglo-saxons ont attendu un certain temps avant de s’étendre quand les français embarquaient sur les fleuves sans réelle intention de s’arrêter.
Dans sa fuite, Moss se réfugie de l’autre côté de la frontière. Le pactole reste un temps à la frontière. Il perpétue l’esprit américain face à des mexicains typiquement mexicains jusqu’à la caricature en leur filant des dollars en échange d’information. Il fait venir sa câline et la mère de celle-ci en pensant que la frontière les protège. Que nenni, le Mal est conquérant. La chasse à l’homme ne s’arrêtera pas à la frontière, tout continue.
There no laws left. Rien n’arrête le mal, pas même la frontière. En réalité, il n’y en a plus.
Les grands espaces texans avec l’absence angoissante de toute musique rappellent que si l’Histoire des USA a été la conquête, la civilisation d’une terre sauvage, elle a été faite par des sauvages et des outlaws. Le Mal est inhérent à ce pays, aux personnes (voir le monologue introductif et le crime de la gamine, un passage de De Maistre où il explique calmement qu’il ne peut y avoir d’injustice considérant que le mal est inhérent à l’Homme et partant tout châtié mérite de l’être, peu importe ses actes et sans doute des ouvrages de criminologie mais je n’y connais rien). Tout surgit sans qu’on puisse s’y attendre. La sérénité des espaces, le vide sonore n’annoncent certainement pas l’avancement du Mal. Et pour cause il réside même chez les êtres les plus chétifs (le dernier groupe de gamins). Rien ne laisse présager ce qui suit.
Personne n’attend après toi. Encore moins les young men ou la relève du Sheriff, celle qui casse la lignée aristocratique de Sheriff de père en fils et qui est incarnée par un assistant crétin et administratif. La nostalgie n’a pas de sens dans l’œil du cyclone pour un homme de Bien. Ce pays n’est pas le Temple des autres jours (mon deuxième billet). Il n’autorise pas la nostalgie, la contemplation, la célébration des jours passés, puisqu’il est une quête (mon troisième).
J’avais sur ce blog, il y a un peu moins d’un an, taillé une “journaliste culture” d’Arte sur sa critique, arrogante, méprisante, idiote, bâclée et journalistique de No Country for old men (NCFOM). Maintenant que j’ai vu le film et parce que j’estime qu’il est un film disons important, je dois dire ce que je pense sur ce film. Ne serait-ce que pour me convaincre que je vaux plus qu’une journaliste Culture d’Arte. Question d’égo.
Rapidement, No country for old men est une adaptation d’un roman (?) de McCarthy. Roman allégorique, dans la pure tradition de littérature du Sud des USA et plus particulièrement du Southern Gothic. Notons que McCarthy est souvent comparé à Faulkner et que McCarthy, très humble, s’il avoue estimer comme il se doit Faulkner, refuse pour autant cette comparaison flatteuse. Enfin, notons que les frères Coen ont leurs références sur la matière et pratiquent un cinéma très allégorique, eux aussi.
Les frères amérloques ne donnent que très peu d’explication et d’interprétation. Chez eux la construction (au sens de to construe) est déconstruction. Ca aurait plu à Derrida ce jeu de mot franco-anglais foireux. Il faut néanmoins relever qu’ils sont très professionnels, très bons élèves, très précautionneux, ce ne sont pas des Juan Romano Chukalesku langiens. Connaissant leur attrait pour l’allégorie et leur manière de travailler digne d’un élève-modèle, on comprend que rien n’est laissé au hasard dans leurs scènes. Chaque scène a un sens et avec eux un montage, un cutting est à proprement parler de la construction de sens. Ca aurait plus à Derrida etc
Pour plus d’intelligibilité, je reviens rapidos sur les personnages.
Les principaux
Chigurh :
On ne sait pas grand chose de lui. Le plus grand méchant que j’ai eu l’occasion de voir. Effrayant le garçon.
Autrement il est très maniaque, très branché Technique et très autonome. Il n’a de principes que dans l’accomplissement du mal. Un mec moderne diront les plus réacs. Et on verra qu’ils ont raison.
Sa devise pourrait être Just do it. Et, connaissant les frères Coen, je ne peux imaginer que le Just call it de Chigurh soit un hasard.
Bell
Le Sheriff du Comté. Fruit d’une lignée de Sheriff. Vieillissant, nostalgique. Une conscience plus qu’un cow-boy. Une parole récurrente : hard to believe.
Llewelyn Moss
L’américain de base. L’acteur (Josh Brolin) confiait dans une interviou avoir été élevé dans un ranch. Il disait que son personnage est la somme de ses rencontres de jeunesse. C’est ça. Une somme américaine. La vertu et le vice.
Le Texas :
Personnage important. De grandes étendues vierges et sauvages. Très important, j’y reviendrai.
Les personnages secondaires :
Carla Jean
La femme de Moss. C’est la seule beauté avec les paysages du film. C’est un film purement non-sexuel, j’y reviendrai. Tout y est laid, kitsch, anti-sexuel.
Les mexicains.
On ne sait rien d’eux. Ils sont là tout au long du film sans qu’on puisse clairement les identifier. Des étrangers. Sont pas bien futés malgré tout.
L’assistant du Shériff
Un bêto, tout ce qu’il y a de plus administratif. La relève…
Le mercenaire, Carson Wells
Grand roc blond, sûr de lui et observateur. A ce côté décalé des bourrins du Dixie, de ceux qui ont été élevés avec l’idée de ne rien attendre de ce monde. De mémoire : “de l’extérieur, j’ai compté le nombre d’étages du building. Il en manque un.” Coenien.
Le garde-frontière :
Un ancien du Nâm. La réincarnation de Walter.
Les réceptionnistes :
Les réincarnations de Chet de Barton Fink. On verra également que l’hôtel peut être considéré comme un code dans le cinéma des Coen puisqu’il est récurrent et lourd de sens.
Ellis :
Le papy, ses 7 chats, et son café d’une semaine. Le sage.
L’ancien shériff :
Le frère de génération. Autour d’un café, on causerait presque de Lulu la nantaise si le contexte n’était pas si grave. Toute une époque…
Autrement, deux idées persistantes que je développerai. L’idée que ce film avec les symboliques de la chasse, de l’eau, du dollar et des grands espaces relève de ce que j’appellerais pompeusement d’une métaphysique des USA (au moins de son Sud) et que ce film par son titre et le parallèle du old man et des young men (les deux groupes d’enfants) notamment symbolise clairement l’affrontement de la modernité et de la tradition. Les codes aristocratiques n’ont plus de sens dans cet espace. Il n’y a plus de don, de charité, de pitié. Plus exactement, ces valeurs vous conduiront au pire. On y drague une vieille pour faire un massacre et on tue celui qui s’est arrêté pour vous aider. Il n’y a pas de pays pour les vieux car le temple des autres jours est et a été (notamment par la figure de l’étranger) sans cesse saccagé. C’est de loin l’idée la plus séduisante et maîtrisée du film.
Ou Le Southern Gothic expliqué à ma fille. Tout est là.
Prenez le temps de regarder, c’est du bon.
A noter néanmoins que la trad est foireuse et sur un des points où il ne fallait justement pas être bancal.
Bell
How many a those things you got now?
Ellis
Cats? Several. Wal. Depends what you
mean by got. Some are half-wild, and
some are just outlaws.
Ca donnerait plus dans l’idée :
- T’en as combien d’ces machins-là ?
- Des chats ? Plusieurs. En fait tout dépend de ce que tu entends par ‘avoir’. Certains sont à moitié sauvages, les autres sont tout simplement sans foi ni loi.
Si j’ai le temps et la patience, je vais faire un truc vraiment pas mal sur ce film ultra-réactionnaire dans l’esprit par l’action conjointe des Coen Bros et McCarthy (il faut d’ailleurs saluer la critique, ou sa bêtise ou son ignorance je ne sais pas, qui ne cesse d’encenser ce film et un auteur qui est des plus craignos selon les diktats de la pensée française de base qui soit, pire que Faulkner même, à croire qu’ils les adorent en dehors de chez eux les vrais auteurs de vraie droite dirait le Consanguin -Sartre vénérait Faulkner). Plus j’y pense, plus je crie à la masterpiece.
Jean Raspail dans une interviou à Canal Académie raconte ses histoires de jeunesse et sa découverte de l’Amérique profonde comme on dit au Monde.
Il relate ses amertumes, cette France qui oublie que Bâton Rouge, Saint-Louis, la Nouvelle-Orléans, Colbert, Louisiane, Chicago et Jean Baptiste Pointe du Sable (un des premiers Divers métissés), la devise “l’Etoile du Nord” du Minnesota, De(é)troit, Caroline et son fort ont quand même quelque chose qui évoque peut-être mais alors ce n’est pas sûr, la France.
Johnny Depp, Wentworth Miller par exemple ont du sang français devraient se rappeller les petites minettes froggies. Ne peut-on pas admirer le Mississipi à partir de la gentillette bourgade Prairie du Chien (prononcer Pwéoui dioû Chiane) ?
Ville fondée par des français, vous l’aurez compris, débarqués de canoë, système qu’ils avaient découvert en Nouvelle-France, chez les gens à l’accent bizarre. Et on imagine pas à quel point les français, en descendant le Mississipi par le moyen de ces petites barquettes, sont redevables de ces engins. Vous ne regardez plus un canoë de la même façon.
Aznavour (il me semble) racontait qu’il y a encore peu de temps on causait encore français dans certains coins de New-Orleans.
La France idiote nacquit à cette époque.
Frederick Jackson Turner a tout dit sur le rôle de la Frontière dans l’esprit US. L’Histoire des USA, c’est une conquête, la civilisation d’un espace, la potentialité d’un espace vierge quand les européens ne font que dans le nombrilisme, l’introspection. Expansion et introspection. Jamais les européens n’auraient pu avoir l’idée d’aller sur la Lune pour la fierté et la flambe. Ce n’est pas rationnel, voyez.
On relève cet esprit de petit précautionneux loser dès Voltaire. Voltaire ne comprenait pas ce qu’on pouvait foutre dans les contrées de la Nouvelle-Frnace.
« Permettez-moi donc, Monsieur, de vous faire mon compliment ; je suis comme le public, j’aime beaucoup mieux la paix que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec. Vous nous donnez précisément ce dont nous avons besoin. » dit-il à Choiseul. Il y a du BHL chez Voltaire, écrire à un Ministre pour le féliciter de sa lâcheté, non vraiment.
Ce qui est intéressant également, c’est de voir pour quoi nous avons renoncé à ces contrées. François 1er avait appuyé les explorations par des financements, sans grande conviction, pour faire comme les autres. Toujours ce complexe vis-à-vis des brittons mais contrairement à la fuite en avant africaine, pour une fois c’était inspiré. Les financements des explorations existent un temps, donc. Après, ce sera au compte-gouttes. Les explorateurs français étaient bien braves ou n’avaient pas de CGT, selon votre lecture des faits. Henri IV (comme quoi les Bourbons…) s’attachera personnellement à relancer tout cette petite épopée.
A partir de Louis XIV et Colbert bien qu’une volonté de développement des colonies d’outre-mer existe (on remarque ici une spécialité française naissante : l’ambition… et les moyens), un recentrage budgétaire sur Versailles notamment sera opéré. Versailles, haut lieu de la décadence, terreau de la Révolution, lieu d’émasculation de la noblesse, l’esprit courtisan, plaque tournante des idées progressistes… dirait Molnar. On peut toujours positiver en pensant aux milliers de jap’ qui y défilent maintenant et à Christine Albanel. C’est difficile, n’est-ce pas ?
Dernière consternation, Napoléon récupèrant pourtant la Louisiane, finalisera ce long divorce pour financer ses campagnes ô combien glorieuses de Russie.
La France en grand.
J’sais pas vous, mais moi quand je vois que Faulkner a habité une maison fondée par un certain Jean-Baptiste Labranche (dont la plus récente descendance, je le découvre, s’appelle Amélie-Rose née en 1998, bénie soit elle cf ici) sur les ruines d’une ancienne prison (ça aurait plu à Hugo cette histoire, tiens), j’ai quelques amertumes.
Je me serais bien vu à bord de la Belle, du Joli, de l’Amiable ou du St François emmenés par René Robert Cavelier de La Salle en d’autres temps.
Je ne devrais intituler mes billets qu’avec des titres de chanson de Dylan, ça serait très cocaïné mondain. Bref.
J’ai toujours bien aimé le cidre. Oui je sais ça fait collègienne bretonne d’aimer le cidre.
Donc hier soir, petite soirée, j’attrappe une bouteille de cidre dans je ne sais plus quelle boutique. Y’en avait plusieurs, j’avais pris la médaille d’or Paris-machin en bon français qui croit dans les institutions étatiques. Une parole de chanson pertinente peut-être ? Although the masters make the rules / For the wise men and the fools. Merci au service Juke-Box de la Rédaction.
Je la descend gentiment et quasiment instanténament un mal de crâne mais alors, un truc que je n’ai jamais connu, pire qu’une cuite à la piquette alsacienne, un truc quasiment fatal. Je lutte, pense au Commissaire politique nommé au JO de la Médaille subventionnée qui a du recevoir des comm’ pour couronner une telle merde (Cidre fermier qu’il disait, Fuckin José Bosé), des difficultés à rester sociable avec un tel mal de crâne, un doliprane à bulle m’est filé avec toute la générosité des nouveaux riches qui semblent vouloir vous faire payer les générations crève-la-dalle qui les ont précédés, je suis cerné.
But it’s alright, Ma, it’s life and life only.
Ah, oui, j’ai oublié de dire que c’était très chicos. Le genre de soirée où l’on analyse plus que l’on parle. Donc, déjà, voyez j’arrive avec mon cidre fermier médaillé par corruption, bateaux un peu usés, un peu mal rasé, tout ça aristo un peu décadent. Forever young. J’avais amené d’autres trucs, mais j’ai insisté sur le cidre Programme nocturne de France culture - Antenne Orange pour portables - Mireille Mathieu se cassant la voix, j’aime bien aussi la jouer marginal, faut bien le dire. Et pis globalement j’aime bien jouer, anyway.
La nana qui reçoit, une blonde canon avec cette expression sur le visage qu’ont les gonzesses canons dont les parents paient l’ISF, la blonde donc qui reçoit et qui m’avait fait comprendre que le Doliprane c’était cadeau mais c’est bien parce que c’était moi, me demande à part ce que j’aime bien comme musique. Vous savez le type de quesion-piège. Faut dire qu’un mec qui vient avec du cidre fermier médaillé, c’est intriguant. J’hésite à lui dire les pionniers américains et les esclaves du Sud façon Marc-Edouard Nabe pédant qui fait chier tout le monde à dire à raison que toute la musique moderne vient de là. J’hésite à dire Johnny Cash, Bob Dylan, Elvis avec un cure-dent dans la bouche mais y’avait pas de cure-dent et encore moins de brindille d’herbe. Pis, à force d’hésiter, faut dire quelque chose et vu les codes du milieu bourgeois, faut trouver un truc entre Mozart et la hâouçe, je dis, avec conviction, Michel Sardou. Je tente le pire.
Elle se marre. Evidemment. Just like a woman. Michel Sardou, ah mais nân, y’a no way quoâ qu’elle aurait pu dire à 14 ans en dansant la tectonik. Elle a grandi donc elle ne fait que rire. J’ai vite compris que j’avais l’ascendant sur elle alors, très sérieusement, je lui fais comprendre que ça me blesse de la voir moqueuse quand il s’agit de Michel. Michel c’est grand, sacré, fort. Faut savoir le faire ça, il fallait faire du théâtre dans votre jeunesse, bande de nazes. Elle s’excuse, gênée de me vexer, en se retenant de rire. Je suis sûr, que d’un coup, un doute la traverse, Merde il est p’têtre d’sa famille au Michel qu’elle peut se dire. Ca me fait rire -intérieurement- de la voir se retenir de rire d’une grosse connerie par politesse. Les moeurs bourgeoises m’ont toujours fait rire. Balzac…