Dixie


Jean Raspail dans une interviou à Canal Académie raconte ses histoires de jeunesse et sa découverte de l’Amérique profonde comme on dit au Monde.

Il relate ses amertumes, cette France qui oublie que Bâton Rouge, Saint-Louis, la Nouvelle-Orléans, Colbert, Louisiane, Chicago et Jean Baptiste Pointe du Sable (un des premiers Divers métissés), la devise “l’Etoile du Nord” du Minnesota, De(é)troit, Caroline et son fort ont quand même quelque chose qui évoque peut-être mais alors ce n’est pas sûr, la France.

Johnny Depp, Wentworth Miller par exemple ont du sang français devraient se rappeller les petites minettes froggies. Ne peut-on pas admirer le Mississipi à partir de la gentillette bourgade Prairie du Chien (prononcer Pwéoui dioû Chiane) ?

Ville fondée par des français, vous l’aurez compris, débarqués de canoë, système qu’ils avaient découvert en Nouvelle-France, chez les gens à l’accent bizarre. Et on imagine pas à quel point les français, en descendant le Mississipi par le moyen de ces petites barquettes, sont redevables de ces engins. Vous ne regardez plus un canoë de la même façon.

Aznavour (il me semble) racontait qu’il y a encore peu de temps on causait encore français dans certains coins de New-Orleans.

La France idiote nacquit à cette époque.

Frederick Jackson Turner a tout dit sur le rôle de la Frontière dans l’esprit US. L’Histoire des USA, c’est une conquête, la civilisation d’un espace, la potentialité d’un espace vierge quand les européens ne font que dans le nombrilisme, l’introspection. Expansion et introspection. Jamais les européens n’auraient pu avoir l’idée d’aller sur la Lune pour la fierté et la flambe. Ce n’est pas rationnel, voyez.

On relève cet esprit de petit précautionneux loser dès Voltaire. Voltaire ne comprenait pas ce qu’on pouvait foutre dans les contrées de la Nouvelle-Frnace.

« Permettez-moi donc, Monsieur, de vous faire mon compliment ; je suis comme le public, j’aime beaucoup mieux la paix que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec. Vous nous donnez précisément ce dont nous avons besoin. » dit-il à Choiseul. Il y a du BHL chez Voltaire, écrire à un Ministre pour le féliciter de sa lâcheté, non vraiment.

Ce qui est intéressant également, c’est de voir pour quoi nous avons renoncé à ces contrées. François 1er avait appuyé les explorations par des financements, sans grande conviction, pour faire comme les autres. Toujours ce complexe vis-à-vis des brittons mais contrairement à la fuite en avant africaine, pour une fois c’était inspiré. Les financements des explorations existent un temps, donc. Après, ce sera au compte-gouttes. Les explorateurs français étaient bien braves ou n’avaient pas de CGT, selon votre lecture des faits. Henri IV (comme quoi les Bourbons…) s’attachera personnellement à relancer tout cette petite épopée.

A partir de Louis XIV et Colbert bien qu’une volonté de développement des colonies d’outre-mer existe (on remarque ici une spécialité française naissante : l’ambition… et les moyens), un recentrage budgétaire sur Versailles notamment sera opéré. Versailles, haut lieu de la décadence, terreau de la Révolution, lieu d’émasculation de la noblesse, l’esprit courtisan, plaque tournante des idées progressistes… dirait Molnar. On peut toujours positiver en pensant aux milliers de jap’ qui y défilent maintenant et à Christine Albanel. C’est difficile, n’est-ce pas ?

Dernière consternation, Napoléon récupèrant pourtant la Louisiane, finalisera ce long divorce pour financer ses campagnes ô combien glorieuses de Russie.

La France en grand.

J’sais pas vous, mais moi quand je vois que Faulkner a habité une maison fondée par un certain Jean-Baptiste Labranche (dont la plus récente descendance, je le découvre, s’appelle Amélie-Rose née en 1998, bénie soit elle cf ici) sur les ruines d’une ancienne prison (ça aurait plu à Hugo cette histoire, tiens), j’ai quelques amertumes.

Je me serais bien vu à bord de la Belle, du Joli, de l’Amiable ou du St François emmenés par René Robert Cavelier de La Salle en d’autres temps.

Toute une époque…

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Je ne devrais intituler mes billets qu’avec des titres de chanson de Dylan, ça serait très cocaïné mondain. Bref.

J’ai toujours bien aimé le cidre. Oui je sais ça fait collègienne bretonne d’aimer le cidre.

Donc hier soir, petite soirée, j’attrappe une bouteille de cidre dans je ne sais plus quelle boutique. Y’en avait plusieurs, j’avais pris la médaille d’or Paris-machin en bon français qui croit dans les institutions étatiques. Une parole de chanson pertinente peut-être ? Although the masters make the rules / For the wise men and the fools. Merci au service Juke-Box de la Rédaction.

Je la descend gentiment et quasiment instanténament un mal de crâne mais alors, un truc que je n’ai jamais connu, pire qu’une cuite à la piquette alsacienne, un truc quasiment fatal. Je lutte, pense au Commissaire politique nommé au JO de la Médaille subventionnée qui a du recevoir des comm’ pour couronner une telle merde (Cidre fermier qu’il disait, Fuckin José Bosé), des difficultés à rester sociable avec un tel mal de crâne, un doliprane à bulle m’est filé avec toute la générosité des nouveaux riches qui semblent vouloir vous faire payer les générations crève-la-dalle qui les ont précédés, je suis cerné.

But it’s alright, Ma, it’s life and life only.

Ah, oui, j’ai oublié de dire que c’était très chicos. Le genre de soirée où l’on analyse plus que l’on parle. Donc, déjà, voyez j’arrive avec mon cidre fermier médaillé par corruption, bateaux un peu usés, un peu mal rasé, tout ça aristo un peu décadent. Forever young. J’avais amené d’autres trucs, mais j’ai insisté sur le cidre Programme nocturne de France culture - Antenne Orange pour portables - Mireille Mathieu se cassant la voix, j’aime bien aussi la jouer marginal, faut bien le dire. Et pis globalement j’aime bien jouer, anyway.

La nana qui reçoit, une blonde canon avec cette expression sur le visage qu’ont les gonzesses canons dont les parents paient l’ISF, la blonde donc qui reçoit et qui m’avait fait comprendre que le Doliprane c’était cadeau mais c’est bien parce que c’était moi, me demande à part ce que j’aime bien comme musique. Vous savez le type de quesion-piège. Faut dire qu’un mec qui vient avec du cidre fermier médaillé, c’est intriguant. J’hésite à lui dire les pionniers américains et les esclaves du Sud façon Marc-Edouard Nabe pédant qui fait chier tout le monde à dire à raison que toute la musique moderne vient de là. J’hésite à dire Johnny Cash, Bob Dylan, Elvis avec un cure-dent dans la bouche mais y’avait pas de cure-dent et encore moins de brindille d’herbe. Pis, à force d’hésiter, faut dire quelque chose et vu les codes du milieu bourgeois, faut trouver un truc entre Mozart et la hâouçe, je dis, avec conviction, Michel Sardou. Je tente le pire.

Elle se marre. Evidemment. Just like a woman. Michel Sardou, ah mais nân, y’a no way quoâ qu’elle aurait pu dire à 14 ans en dansant la tectonik. Elle a grandi donc elle ne fait que rire. J’ai vite compris que j’avais l’ascendant sur elle alors, très sérieusement, je lui fais comprendre que ça me blesse de la voir moqueuse quand il s’agit de Michel. Michel c’est grand, sacré, fort. Faut savoir le faire ça, il fallait faire du théâtre dans votre jeunesse, bande de nazes. Elle s’excuse, gênée de me vexer, en se retenant de rire. Je suis sûr, que d’un coup, un doute la traverse, Merde il est p’têtre d’sa famille au Michel qu’elle peut se dire. Ca me fait rire -intérieurement- de la voir se retenir de rire d’une grosse connerie par politesse. Les moeurs bourgeoises m’ont toujours fait rire. Balzac…

Et pis j’aime bien jouer.

Sinon, c’était une bonne soirée.

And it’s all over now, Baby blue.

« Le royaume des cieux se prend par la violence et ce sont les violents qui l’emportent » Matthieu (XI,12)

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Faulkner est un titan. Les Snopes brasse les thèmes de la Dépossession (de l’Eglise Primitive, celle de Marie-Madeleine, de la Confession, soit celle de l’Agnus Dei, celle de la fusion en Dieu et celle de Fraust qui m’intéressera particulièrement), de l’éternelle lost cause qu’est la sauvegarde des valeurs dans la Chute, la nostalgie, les pleurs regrettant un pays qui a disparu, l’ironie, l’humour des perdants encore dignes, les codes aristocratiques viciés puis achevés par la Modernité, l’expansion irréversible de la bêtise, la Chute (très palpable, très séquencée dans les Snopes), c’est pessimiste, c’est biblique, c’est américain, c’est anciennement français, c’est ému, c’est très bon.

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A la fermeture des Snopes, après des envies d’exil à Baton Rouge, je me suis promis de ne plus lire que Balzac et Faulkner. Tout y est. Pas la peine de chercher plus loin. D’ailleurs Faulkner voulait reprendre le titre de Balzac Les Paysans pour les Snopes.

A lire. Vraiment fondamental.

Premièrement parce que passer une demie heure à retaper du Faulkner un samedi soir alors qu’une version doit sûrement exister sur internet mais qu’il faut la chercher, c’est retardant. Mais j’avais envie de poster ça absolument avant de me faire plus discret dans les jours à venir.

Car oui, évidemment, ce n’est pas un de mes navrants écrits qu’il y aura lieu de retenir. Mais ceux du Maître du Sud.

Deuxièmement, nous sommes tous des Quentin Compson.

Fin d’un monde, lost cause, nostalgie, perdants encore dignes, inconscience d’assister à ce qui ne se reproduira plus, accueillir, se dépêcher de recueillir, puis transmettre ce qui a déjà disparu ou va disparaître, la dernière photo sur le quais du ferry qui s’éloigne, naïveté de l’étudiant ambitieux qui croit que tout cela est dépassé quand c’est bien pire que ça, trépassé. Tout y est.

Chef d’oeuvre. Heureusement qu’il y a les américains depuis que les français sont des incapables.

Sa voix ne cessait pas, simplement elle disparaissait. Il y avait cette vague obscurité à odeur de cercueil, saturée et sursaturée du parfum sucré de la glycine pour la seconde fois en fleur sur le mur extérieur, pressurée distillée et quintessenciée par la violence tranquille du soleil de septembre, envahie de temps en temps par la bruyante turbulence d’une nuée de moineaux comme une souple badine qu’eût fait siffler un gamin désoeuvré, et cette rance odeur de vieille chair féminine depuis longtemps embastillée dans sa virginité, tandis que l’observait le visage effaré et blafard au-dessus du vague triangle de dentelle aux poignets et à l’encolure depuis la chaise trop haute où elle avait l’air d’une enfant crucifiée ; et cette voix qui ne se taisait pas mais disparaissait dans les longues pauses puis reparaissait comme un ruisseau, un filet d’eau courant d’une étendue de sable sec à une autre, et ce fantôme habité d’une mystérieuse docilité comme si c’eût été la voix qu’il hantait au lieu d’une maison, ce qu’eût fait un autre mieux partagé que lui. Surgi d’un silencieux tonnerre, il faisait irruption (homme-cheval-démon) dans un décor aussi paisible et bienséant qu’une aquarelle donnée en prix à l’école, cheveux vêtement et barbe encore impregnés d’une vague odeur de soufre, avec sa bande de nègres sauvages groupés derrière lui telle des bêtes à demi dressées à marcher debout comme des hommes, dans des attitudes sauvages et apaisées, et parmi eux, menottes aux mains, l’architecte français avec son air sombre, effacé, déguenillé. Immobile, barbu, la main levée, l’homme était assis sur son cheval ; derrière lui les Noirs sauvages et l’architecte captif se pressaient en silence, armés en un inoffensif paradoxe des pelles, pioches et haches de la conquête pacifique.

Alors, dans cette longue éclipse de l’étonnement, Quentin eut l’impression de les voir soudain se répandre sur les cent mille carrés de terre tranquille et stupéfaite, arracher violemment au Néant silencieux maison et jardins d’apparat et les abattre comme des cartes sur une table au-dessous de la main levée et pontificale, créant Sutpen’s Hundred, le Que soit Sutpen’s Hundred comme le Que la lumière soit des temps anciens. Puis la faculté d’entendre revenait et il lui semblait écouter à présent deux Quentin distincts : le Quentin Compson qui se préparer dans le Sud à aller à Harvard, ce sud profond mort depuis 1865 et peuplé de fantômes bavards scandalisés et frustrés, écoutant, obligé d’écouter l’un de ces fantômes qui avait refusé de se tenir tranquille plus longtemps même que l’avaient fait la plupart et qui lui parlait du vieux temps des fantômes ; et ce Quentin Compson qui était encore trop jeune pour mériter d’être déjà un fantôme mais qui se trouvait néanmoins forcé d’en être un puisque, comme elle, il était né et avait grandi dans le Sud profond — les deux Quentin distincts se parlant à présent l’un à l’autre dans un long silence sans personne, sans parole, comme ceci : Il paraît que ce démon - il s’appellait Sutpen- (Le Colonel Sutpen). Qui arriva on ne sait d’où et sans crier gare avec une bande de nègres inconnus pour établir une plantation - (Pour l’arracher du sol avec violence, selon Miss Coldfield)- avec violence. Et qui épousa sa soeur Ellen et lui donna un fils et une fille qui - (Lui donna sans tendresse, selon Miss Coldfield)- sans tendresse. Qui auraient dû être les joyaux de sa fierté et la protection et le réconfort de sa vieillesse, mais - (Mais ils furent sa perte d’une manière ou d’une autre ou ce fut lui qui fut leur perte d’une manière ou d’une autre. Et il mourrut.) - et il mourrut. Sans regret, selon Miss Coldfield - (Sauf de sa part à elle) Oui, sauf de sa part à elle. (Et de celle de Quentin Compson) Oui. Et celle de Quentin Compson.

“Parce que vous êtes, me dit-on, sur le point d’aller faire vos études à Harvard, dit-elle. C’est pourquoi je n’imagine pas que vous reviendrez jamais par ici vous établir en qualité d’avocat dans une petite bourgade comme Jefferson, puisque les gens du Nord ont déjà veillé à ce qu’il ne reste plus grand-chose à faire dans le Sud pour un jeune homme. Aussi embrasserez-vous peut-être la carrière des lettres comme le font aujourd’hui tant de jeunes gens et aussi de jeunes femmes du Sud, et peut-être un jour vous rappellerez-vous cela et l’écrivez-vous. Alors vous serez sans doute marié et votre femme aura peut-être besoin d’une nouvelle robe ou d’un nouveau fauteuil pour la maison et vous pourrez écrire tout cela et le proposer à des revues. Peut-être même aurez-vous alors la bonté de vous souvenir de la vieille femme qui vous a fait passer tout un après-midi assis à l’intérieur à l’écouter vous parler de gens et d’évènements auxquels vous avez eu la chance d’échapper alors que vous aviez envie d’être dehors parmi de jeunes amis de votre âge.

-Oui m’dame”, dit Quentin.

William Faulkner, Absalon, Absalon !

A écouter en lisant. Pour l’ambiance. La chanson colle parfaitement. Transmission d’un monde qui a disparu. Car la girl from the North Country, il ne la reverra pas et elle a sans doute bien changé. Et ce n’est guère certain que son mandataire y aille… Incertitudes.

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