Lectures


J’ai eu en CP une femme d’officier. Ca ne déconnait pas, mon pote. Elle m’aimait bien (à une rédaction sur le sang ou je ne sais plus quoi, j’avais fait des schémas et je disais que le sang, c’était un peu un taxi avec des priorités, certains passagers, certaines destinations, les globules etc ça l’avait fait mourir de rire et ma mère aussi et je ne comprenais absolument pas en quoi c’était drôle et je ne comprends toujours pas), n’aimait pas l’anglais et ses filles jupes aux genoux ont très bien réussi.

Bref, c’est fou ce besoin de parler chez les bleaugueurs. B&F aborde le sujet de la méthode Boscher, fasciste, of course. Vous remarquerez la couverture fort peu Diverse :

C’est peut-être de ce livre que me vient la passion des robes et des blondes dans un cadre champêtre. Je ne sais pas.

Putain, je brode. Bref, j’en viens où je voulais en venir, comme on dit. J’ai survolé les commentaires sur Amazon et la Fnac etc (toujours intéressant de lire les commentaires participatifs des Citoyens Sociaux) correpondant aux livres de la méthode. Petit florilège des avis des lecteurs et des professeurs du soir. Scientifiquement, vous me direz : quel intérêt de prendre les avis 1) d’usagers ? 2) d’acheteurs qui sont plus susceptibles d’avoir un avis favorable puisque une information les a conduit à l’acte d’achat que d’autres ? Hé bien, c’est très simple, c’est la politique expérimentale, mec. Vous remarquerez que des Citoyens se sont crus dans l’obligation du Contrat Social de la République de venir sur les sites pour cartonner un livre qu’ils haïssent et qu’ils n’ont probablement pas lu. Bref.

En premier, un cerveau garanti 100% Educ Nat’. Thèse, antithèse, synthèse, tout comme i’faut. Pédigréé républicain impeccable :

Je suis surprise par l’enthousiasme face à la méthode BOSCHER. Il semble aujourd’hui qu’aucune méthode de lecture ne soit meilleure qu’une autre. La méthode syllabique est certes très facile pour les enfants mais je pense qu’il ne faut pas rejeter en bloc la méthode globale. Il convient d’établir une mixité dans les méthodes de lecture. Par ailleurs, il semblerait qu’aujourd’hui on assiste à un retour en force des méthodes traditionnelles…toutefois il faudrait penser à les inscrire dans un contexte moderne.

Une mixité dans les méthodes de lecture ? Mais, un métissage ! n’ayons pas peur des mots !

Bref, j’adôre ces avis qui ne veulent rien dire. Les expression débiles “comme quoi, hein”, “bah, finalement, hein”, les circonvolutions, le namedropping, les tournures grandiloquentes etc. Dans les débats, en cours, lors des exposés, il y a toujours des passages du genre où l’on ne fait que brasser du vent. Ca m’a toujours fait marrer. Bref.

Alors, le commentaire de notre bobo. Evidemment, c’est une femme (vlan !). Un commentaire pour ne rien dire, policé et modéré, formidable. On sent que si elle continuait la menace nazie ne serait pas loin. An’effet, si la méthode Boscher revient en force, c’est bien parce qu’on observe une crispation identitaire, une angoisse face à la mondialisation, une montée des communautarismes. Ce sentiment diffus s’accompagne de phénomènes sociaux (retour à la terre vichyiste), d’oeuvres (Amélie Poulain, Bienvenue chez les Ch’tis) et de discours proprement réactionnaires qui ne sont pas sans rapeller les heures-les-plus-sombres-de-notre-Histouare etc, etc. Voyez vos manuels de Culture gé.

Deuxièmement, un réac :

22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile :

4.0 étoiles sur 5 Interdite par les khmers rouges!, 13 juillet 2006
Par Claude Rochet (Aix-en-Provence, France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 REVIEWER) (REAL NAME)

Dans une langue digitale, lire s’apprend en mettant côte à côte des signes qui ne veulent rien dire par eux mêmes.
Mais voilà.
Cela ne plait pas aux Khmers rouges de la révolution culculturelle qui ont pris le pouvoir et font regner la terreur dans les IUFM où le seul fait de se référer à cette méthode est passible de sanction.
Donc réagissez et en parents responsables, apprenez à vos enfants à lire en syllabique puisque l’école ne le fait plus!

Alors, lui ou elle, il ou elle lit la réacosphère. Sûr !

Bêtifiant… vieillot… et sans grand intérêt

Un internaute, Poitiers,le 20 octobre 2006

La maîtrise du code est indispensable à l’apprentissage de la lecture, on est d’accord. Mais c’est loin d’être suffisant ! Lire ce n’est pas seulemement déchiffrer, c’est aussi comprendre. Des outils bien plus agréables et efficaces par ailleurs, permettent d’aborder les deux aspects. Ce livre est très intéressant… dans les musées ! Mais ne comptez pas sur lui pour que votre enfant apprenne à lire et gagne le goût de la lecture…

Ca, si ça ne sent pas le bobo qui transmet des valeurs “Citoyennes” à fifille, je n’y connais rien.

Dévasté…

Un internaute, Côtes d’Armor,le 22 septembre 2006

Lire les arguments de ceux qui prônent cette méthode préhistorique m’a complètement dévasté… Bientôt on dira aussi qu’un bonnet d’âne ou un coup de règle sur les doigts, “ça avait du bon, et au moins on apprenait la discipline”… Le maître de la place Beauveau a un tapis rouge devant lui, nul doute !

Bah, la voilà la menace fasiche ! Il suffisait de chercher !

D’une autre epoque

Un internaute, fontenay sous bois,le 18 août 2006

Parfait pour les nostalgiques. C’est viellot, désuet (les petites filles en jupes, les garcons en bermudas); les textes sont creux. Heureusement que nos enfants ont un peu plus de fantaisie en classe, sinon, bonjour la déprime!

Ah, bah, ça, de la fantaisie à Fontenay-sous-bois, sûr qu’y a de quoi rassasier son homme !

Une méthode qui ne plaît qu’aux parents !

Un internaute, Lyon,le 31 juillet 2006

Rassurante pour les parents cette méthode ne l’est pas si l’on regarde plus loin que le bout de son nez. L’enfant y trouve des textes sans intérêt, qui ne le concernent pas, et qui ne permettent pas de travailler la compréhebsion de ce qu’on lit. Laissons faire leur boulot aux enseignants, qui la plupart du temps choisissent autre chose (et ils ont leurs raisons!)

J’aime beaucoup ce genre de commentaires, aussi. Alors, rhétoriquement, ce lyonnais nous dit : ces méthodes ne rassurent que les parents, mais moi, parent, je vous rassure, je connais les intérêts et les goûts des enfants. En somme, un professionnel de la profession comme dirait Godard.

Présomption de compétence pour les bureaucrates, rationalisme aidant. Of course, les gens qui enseignent par cette méthode, ne voient pas plus loin que le bout de leur nez quand notre ami lyonnais ouvre des horizons à ses petits. Multiculturalisme, l’Utile, le Citoyen, l’Ecologique, le Technique, le Divers, la Raison etc, les trucs qui ont laissé de grandes oeuvres et qui éblouiront nos successeurs (cf les merveilleuses tours de la Défense par exemple qui sûr détrôneront Versailles), quôa.

Globalement, je suis assez déçu. Les commentaires sont dans l’ensemble euphoriques. Je m’attendais à une volée de bois vert et en fin de compte, c’est une véritable éloge qui tourne au pamphlet de la méthode gogo. Bouh. Les réacs et leurs méthodes ont ceci d’emmerdant qu’ils se fient à la politique expérimentale, ce qu’il y a d’éternel dans la civilisation, l’épreuve du temps et ont par voie de conséquence souvent raison. Au moins, pour les constats. Alors, quand tout le monde en prend conscience, il n’y a plus rien de drôle. Il faut remarquer que les commentaires d’inspiration moderne se trouvent plus sur la Fnac que sur Amazon. Je mandate l’EHESS pour nous dire ce que ça veut dire, avec des concepts, des études statistiques et tout.

On causait littérature il y a peu, alors rapidos, visez ce qui suit :

Voici l’homme dans l’immobilité héraldique des choses périmées

C’est d’Emmanuel Hocquard.

L’immobilité héraldique des choses, l’immobilité héraldique, c’est génial, non ? “Périmées” est peut-être de trop. C’que j’en dis, hein.

L’ami B&F m’invite à répondre à ce petit questionnaire lettré (je n’avais pas remarqué sa nouvelle citation d’en-tête, “Je proteste contre le monde moderne, mais j’adore ses femmes minces. (Nimier)”, excellent, un écho à une citation d’un auteur dont j’ai passé le nom qui raillait “ceux qui lisent Maistre en adoptant les mœurs de Sade”, à chercher dans les Oeuvres, c’est que’qu’part, sûr). La tradition veut que l’on taggue son prochain. Alors comme je suis plutôt du genre subversif, je vais tagguer un bleaugue mort et interviouver un bleaugue qui ne parle qu’avec des images. LBDD et Police du Monde Parodique, donc. Ils répondront indifféremment en commentaire ou sur leur bleaugue (manière d’inviter LBDD à rouvrir un bleaugue et PDMP à tremper la plume qu’il a acérée j’en suis certain).

1) Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Un souvenir externaliste (et oui, mon pote). J’ai appris à lire à ma cadette, lorsqu’elle était très jeune. Depuis, elle a réussi. Et mon père m’avait appris à compter très tôt également.

2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?

J’adorais les encyclopédies pour gamins de chez Nathan il me semble.
Conan Doyle, les contes médiévaux et tous les trucs de c’t âge là, quôa.
Les Fais-moi peur de Gallimard aussi, la honte.

3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Seulement pour les passages sublimes et les lettres de motivation. Ces dernières ne sont pourtant pas sublimes.

4) Votre conte préféré ?

De Maistre ? Ah non.

5) La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?

The big sleep ou NCFOM, j’en sais rien. Barton Fink pour Naissance de la tragédie, p’têtre. En fait, cette question ne m’intéresse pas.

6) Apprenez-vous par coeur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?

Avant, oui. Maintenant, ça me lasse.

7) Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

Oui, le Manifeste du parti communiste. Tout au fond.

8 ) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

Grand problème existentiel. J’ai toujours une dizaine de livres qui jalonne mon lit. Je peux jongler, indifféremment, selon les humeurs. Et des gens sur leurs bleaugues, dans les commentaires de mon bleaugue, dans mon entourage, dans des chroniques, parlent toujours de livres formidables et je n’en vois donc jamais le bout. Education catholique, je sais que tout finira, il faut se dépêcher. Alors, je réserve toujours un quota catholique dans ma tasklist. Au cas où… Ne partons pas égaré.

En ce moment (car je crois que c’est la question) : Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Le réel : traité de l’idiotie, En attendant Godot (c’est marrant, j’avais écrit Goriot), les Confessions de Saint Augustin (celles en Poche du moins), Eglise contre bourgeoisie, et La Contre-Révolution de Molnar. Counter Revolution of science bientôt aussi, Barre n’ayant pas tout traduit. Un peu réac sur les bords le Charlie, donc.

9) Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?

Roh, bah, Baudelaire, hein.

10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?

Le plus rapidement, ces derniers temps (dans ma jeunesse, je bloquais des soirées jusqu’à la fin d’un livre, maintenant je vieillis), ce serait De sang froid de Truman Capote. Indescriptible, je suis complètement rentré dans l’histoire et il me fallait absolument le finir. Cette famille naïve presque parfaite, ces deux crapules, on sent que ça va mal finir mais on ignore comment. Pourquoi cet auteur, cette histoire ? Je ne sais pas. Le lendemain, je n’étais pas frais (pourtant je ne dors pas beaucoup).

Le plus lentement, sans aucun doute Voyage au bout de la nuit. Pour avoir un membre de ma famille célinien, j’en avais tellement entendu que je voulais absolument déguster (façon de parler) chaque passage. C’était sacré.

11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?

Les poches, on a moins de complexe à les plier et les annoter.

12) Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?

Rah, quand je me sens décadent, j’aime bien sortir puis feuilleter L’Imitation mis comme i’faut par Corneille. Et je suis souvent décadent…

13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?

Avant des épreuves, je lis souvent debout. Des cours ou des passages 4 accolades pour le style, selon le degré de révision.
Autrement, assis la plupart du temps (transports).

14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?

Ouiiiii. Au crayon de bois, c’est mal mais c’est mieux que le Stabilo Boss (truc de gonzesse).
J’ai tout un système de code : de une à quatre accolade pour le style, entourer une page pour un développement intéressant etc.

15) Offrez-vous des livres ?

Oui, j’aime bien offrir des trucs anachroniques au milieu d’Ipod etc. Donc, des livres, oui. Si possible, des trucs assez bien comme i’faut, les Oeuvres de de Maistre, offerts plusieurs fois. Histoire de donner une chance.

16) La plus belle dédicace, que ce soit de l’auteur ou de la personne qui vous l’offrit ?

Confidentiel.

17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)

“Le rapport sensuel au livre”, leaule, c’que c’est mignon. Un truc de lettreux, j’imagine :).
Les vieux bouquins de ma tendre mère, allez. Pour l’idée que je parcoure ce qu’elle a parcouru, pour l’odeur des vieux papiers.

Autrement, j’ai un rapport utilitariste à la lecture. Je sais, c’est inesthétique. Je n’aime pas perdre mon temps. Du style, de l’intelligence sinon ouvre un blog.

18 ) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?

Le Colonel de la Rocque (dans ma jeunesse, j’avais une fascination pour ce personnage), sa bio colossale par Nobécourt, ses vieux bouquins sur le service public quasi-introuvables. Je dois être un des rares français (le seul ?) à avoir autant lu sur lui, c’est délirant.
Mais, oeuvres intégrales, c’est-à-dire les articles, les inédits etc ? Ca me semble quasiment impossible.
Hemingway, Hayek, Baudelaire, Faulkner, Balzac (même un Pléiade de sa correspondance paru il y a peu), Chandler, Maistre, et d’autres, j’ai lu plus de la moitié, je pense. Après, beaucoup de classiques mais ça n’a aucun intérêt, tout le monde les a lus, tout a été dit. Et d’autres… mais quel est l’intérêt de poser une question sur l’accomplissement d’une chose irréalisable ? Combien y-a-t-il de Pléiade de Balzac, Molière, Montaigne ?

19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

Il y a un peu de temps, un personnage m’a beaucoup amusé. C’est le gardien latino à moitié barré et pédé d’un polar de Chandler.
La scène : il s’agit d’un asile pour artistes maudits (!) au fin fond d’un canyon, et un espèce de vieux docteur fauché, pédé et très précieux veille sur ce petit monde en compagnie d’un gardien latino pas franchement recommandable, violent et à moitié pédé. Un écrivain à succès, dépressif et alcoolique repose secrètement dans cette maison de fou. La manière dont il parle du gardien pédé est vraiment drôle. Un détective foireux (Marlowe) s’infiltre à la James Bond. Etc.

20) Un livre qui vous a particulièrement ému ?

Bah, le Colonel de la Rocque, c’est ‘achement triste, quand on y pense. Il y a comme qui dirait de la tragédie antique dans la vie de ce personnage. L’ambiguïté du personnage, le tiraillement, la difficulté à se décider, la fin tragique, l’absence de reconnaissance (de Gaulle a su être élégant, pour une fois)…
Des souris et des hommes, la fin, aussi.

21) Le Livre qui vous a terrifié ?

Orange mécanique, malgré son argot chiant à décrypter dans les annexes. En fait, aucun.

22) Le livre qui vous a fait pleurer ?

Le Colonel Chabert m’avait ému. Enfin, surtout le film. Balzac, finit sur le métier d’avoué -qu’il a pratiqué-, sa place d’observateur de la vie mondaine quand le film s’intéresse plus à l’abandon de Chabert, par l’Etat, sa femme, ses amis (sauf le notaire) pour finalement ne trouver hospice que chez les Soeurs. J’aime bien.

23) L’avertissement / l’introduction qui vous a le plus marqué ?

La photocopie tue le livre.

24) Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?

Instinctivement, Ethan Coen : The drunken driver has the right of way : Poems.
C’est génial. Le titre, le rythme, la ponctuation, l’association de “Poems” à un titre contre-poétique etc.

25) Décrivez votre bibliothèque.

Bordélique.

26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?

Peu. Un manuel de Stiglitz, des trucs de maths et des problèmes de Ian Stewart. Des BD archéo-futuristes machin-truc, aussi.

27) L’endroit le plus insolite où vous lisez ?

C’était à Londres, en fin de soirée, je me suis retrouvé seul dans une méga-zone où règne la Diversité, j’étais complètement anachronique à lire sur un banc en costar. Et il y a peu de banc à Londres.

28 ) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?

L’imitation.

29) Votre livre d’art préféré ?

Un bouquin sur Bastien-Lepage, il me parle ce type comme on dit dans la profession. Les croutes de Bob Dylan, aussi, j’achèterais bien ça.

30) La bibliothèque idéale ?

Roh, s’il faut la faire internationale et droit au but, disons Faulkner, Balzac, Dostoïevski. Les gens qui lisent des bios de Zweig sont généralement intéressants (j’ai remarqué ça). Alors, à l’étage biographies, que du Zweig.
Et la Bible, cela va de soi.

31) L’incipit qui vous a le plus marqué ?

Roh, bah le Voyage, c’est très bien non ? Il suffit de fermer les yeux.

32 ) La clausule qui vous a le plus marqué ?

Celle d’Une vie de Maupassant, sans hésitation.

“La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit”. Toute la vanité de la -petite- littérature, tout, absolument tout, est là. C’est bête, terriblement bête, mais profondément juste.
Tout ça pour en arriver là.

J’aime les bars quand ils viennent d’ouvrir pour la soirée, quand l’atmosphère est encore fraîche et respirable, quand tout est reluisant et que le barman jette un dernier coup d’oeil dans le miroir pour voir si sa cravate est bien en place et ses cheveux sont bien lissés. J’aime les bouteilles bien rangées sur les étagères, les verres qui étincellent et la promesse des moments à venir. J’aime regarder le barman préparer son premier cocktail et le poser sur la table avec la petite serviette pliée à côté. Le premier verre tranquille de la soirée dans un bar tranquille… C’est merveilleux.

[...] C’est comme l’amour. Le premier baiser est un enchantement, le second : une familiarité, le troisième : une habitude. Ensuite, on n’a plus qu’à déshabiller la fille.

[...] C’est une émotion d’un autre ordre, mais c’est une émotion impure, impure au sens esthétique. Remarquez que je ne crache pas sur la bagatelle; c’est une chose nécessaire, mais il faut soigner la mise en scène. Pour que ça reste fascinant, c’est tout un art.

[...] C’est plaisant, ici. Mais au bout d’un moment les poivrots débarquent en foule, parlent et rient trop fort, les bonnes femmes agitent les mains, grimacent, font tinter leurs foutus bracelets et répandent une odeur faible, mais manifeste, de transpiration.

Raymond Chandler, The long Good-Bye.

Retirement plan

Someday I’ll set aside my pen

And have the time to practice Zen,

Reflect, read Proust and Moby Dick

And Heidegger, and pull my prick.

Quelques conseils des services Lobbying et Veille littéraire de LGC SA.

Faut-il acheter le numéro spécial Polar de Lire ? Non. Aucun intérêt, aucune plus-value. Une dizaine de portraits, quelques previews et pis c’est tout. Pourquoi l’avoir acheté alors, jeune crétin ? Je n’aime pas lire dans un Relay ou une librairie. On passe vite pour pervers et radin.

Pour faire plaisir au père Quignon Pignon (celui qui demandait en quoi l’Eglise est plus légitime qu’Act-up et qui me reproche d’écrire des billets sans contenu, le tout sur une note avec pas moins de 3 vidéos de Jean-Jacques Goldman, 3 vi-dé-os de Jean-Jacques et il dit qu’il n’y a pas de contenu, quel goujat, quel snobinard arrogant ! ), je vais fournir du contenu, comme Dailymotion et Orange broadcasting. Ca emmerdera Canal, en plus.

Donc, voici du contenu, une petite liste de polars pour cet été pas franchement undâground puisque classique mais ça peut toujours vous servir. Je lis souvent comme cela, en m’imposant des sessions de style, de genre ou d’auteurs. Tout cela est donc très original. Petite liste sans prétention.

Dans le genre obsessionnel, Ethan Coen, J’ai tué Phil Shapiro (en VO c’est mieux mais faut être habitué à l’anglais populo et on attrape vite la fâcheuse manie du retour sur investissement dans des copies, ce qui n’est pas très académique). Recueil de nouvelles, de scénettes. Il faut aimer. Entre autres, un détective privé Hector Berlioz qui écoute la Symphonie fantastique et qui n’aime pas ses clients, très attachant et très cinématographique. Ce mec sait créer des personnages, c’est fascinant. Dans le genre “on n’est jamais loins du cinéma”, le film Mystic river et 1275 âmes de Jim Thompson.

En vrac, The long doog bye de Chandler, La voie de l’ennemi de Tony Hillerman, La Proie et l’ombre de Ranpo, Raymond Chandler, parcours d’une oeuvre de Jean-Paul Scheiwghaeuser, Frontière des tenèbres d’Ambler, Le dossier 113 de Gaboriau (au rayon “les français ne sont pas toujours à la ramasse”). Voilà, enjoy !

Respectivement à l’homosexualité dépressive et à l’isolement total !

Jolie fresque sociale américaine. On regrettera la fin un peu nian-nian mais bon film. La maison de retraite “le Manoir du crépuscule”, leaule. Le papy toxico, l’oncle universitaire spécialiste de Proust pédé dépressif, la mère dépassée, le père professionnel obscur du développement personnel, le frangin ado qui ne vit qu’avec le théologien raté…

Lisez :

- La Réversibilité de Nicolas Mulot

- Les abeilles d’Aristée de Wladimir Weidlé

Comme d’habitude, je fais de la mise en rayon. Je n’ai jamais su parler des livres que j’ai aimés. Regret éternel. Mais, disons simplement que les deux essais sont brillants.

Tiens, je suis cité chez le Stalker (le billet est hilarant ; microcosmique certes, mais cette traque des petits pourfendeurs de consanguins qui mène tout droit au cœur du clergé médiatico-intellectuel français est un délice). Bref, citation à encadrer. Ca peut valoir son pesant de force probatoire aux yeux des petits juges de la Subversion sur HTML. Faut dire que depuis que j’ai été récupéré-par-le-Système®, ça plane pour moi. L’agent de Philippe Bouvard, homme de radio non-syndiqué qui doit encore cotiser, chercherait à me contacter. Le vieux monsieur de la radio apprécierait mes blagues sur les pédés. C’est vrai que c’est un peu notre cœur de métier ce genre de boutades.

Mais il paraît que tout cela n’est justement qu’une boutade.

Passons. Si toi aussi tu es plutôt anarcho-libertaire von-miso-randien, anti-système, et que tu ne perds pas ton sang chaud, je te conseille de lire ceci. Nicolas Gomez Davila, un vrai.

Cédons à la citomanie. Entre autres fulgurances :

« Le monde moderne est arrivé à institutionnaliser avec une telle astuce le changement, la révolution, l’anticonformisme que toute entreprise de libération est une routine inscrite dans le règlement de la prison »

« L’amour est l’organe avec lequel nous percevons l’irremplaçable individualité des êtres »

« Les choses ne sont pas muettes, seulement elles sélectionnent leurs auditeurs. »

« L’âme cultivée, c’est celle où le vacarme des vivants n’étouffe pas la musique des morts. »

« Tout est banal si l’homme n’est pas engagé dans une aventure métaphysique. »

« La volonté générale, c’est la fiction qui permet au démocrate de prétendre que pour s’incliner devant une majorité, il y a d’autres raisons que la pure et simple couardise. »

« L’absence de vie contemplative fait de la vie active d’une société un grouillement de rats pestilentiels »

« si le seul but de l’homme est l’homme, de ce principe dérive une vaine réciprocité, comme le double reflètement de deux miroirs vides »

« Est démocrate, celui qui attend du monde extérieur la définition de ses objectifs »

« Seuls conspirent efficacement contre le monde actuel ceux qui propagent en secret l’admiration de la beauté. » (phrase qui pourrait finir en haut de mon blog pour illustrer mon concept de blogguing comme mise en devanture de rayon des traces de Grâce ; mais, avouons qu’écrire quelques vaniteuses balivernes plus ou moins subversives sous le patronage du colombien, ce serait presque blasphématoire )

Et la seule Vérité pour la fin, sublime :

« Dieu n’est pas le monde comme un rocher dans un paysage tangible mais comme la nostalgie dans le paysage d’un tableau. »

Le tirage de parution 2000 épuisé dès la sortie. Plus de 10 000 exemplaires vendus à ce jour.

Des acquisitions de droit en Espagne, Italie, USA.

Tout est ici. A écouter, très instructif.

Le XXIème siècle invente l’eau chaude. Cet après-midi, j’ai feuilleté le Dictionnaire de l’Ancien Régime de Bély et à la référence Compagnies, j’ai été surpris de voir que ce que l’on connaît particulièrement au Royaume-Uni (avec des hauts et des bas) et depuis peu en France sous l’appellation générale des Partenariats Public Privé (PPP), a été pensé depuis longtemps par Colbert (mettant en oeuvre une inspiration de Richelieu).

Sur la Compagnie des Indes, le Roi et quelques ministres font des apports, nomment des associés et des directeurs. Bon, c’est le degré zéro du partenariat public-privé puisque le public est archi-dominant et le privé ne sert qu’à apporter des fonds, mais déjà l’idée que l’Etat ne peut pas tout, pour des contraintes géographiques (et on sait depuis Strabon que la géographie est la mère de toutes les sciences, au moins pour le décideur), en raison des nombreux engagements de l’Etat etc apparaît.

Machiavel avait déjà vanté le mercenariat, alors qu’il est le premier penseur de l’Etat moderne. Dès le départ donc, on comprend que l’Etat, même pour des domaines régaliens, des infrastructures, des enjeux stratégiques ne peut pas tout.

Vous avez de véritables montages capitalistiques, de véritables financements de projets dès les Compagnies et aussi pour le Canal du Midi. Voyez Wikipedia par exemple :

Les travaux sont lancés en deux phases appelées « entreprise ». La première entreprise consiste à relier Toulouse jusqu’à Trèbes et est estimée à 3 600 000 livres[30]. Mais, les finances de l’État ne sont pas très positives et les États du Languedoc ne sont pas prêts à financer un tel projet de peur que leurs fonds soient utilisés pour des dépenses imprévues[31]. Alors, en échange du droit de propriété et d’exploitation du canal, Pierre-Paul Riquet propose de financer sur ses propres fonds une partie des travaux. Le reste est payé par l’État en échange des bénéfices que Riquet réalise avec la taxe sur la gabelle. La deuxième entreprise de travaux entre Trèbes et l’étang de Thau en décembre 1668 coûte 5 832 000 livres ainsi qu’un million de livres supplémentaires pour la reprise des travaux du port de Sète[32].

Au final, l’ensemble des travaux aura coûté 17 millions de livres de l’époque, une somme avancée pour 40 % par le Roi, 40 % par la province et 20 % par Riquet lui-même, qui en deviendra le propriétaire. Ses descendants vont continuer de payer 2 000 000 de livres pendant plus de 50 ans[33],[34].

On se rapproche des sociétés d’économie mixte (Compagnies, mais prééminence totale du public), des régies intéressées (Canal du Midi). Je savais que dès Socrate, on avait déjà des procédés de dialogue compétitif (et déjà son lot de corruption) avec des sortes d’adjudication. Les premiers contrats administratifs, les premiers financements de projet public/privé, vers les PPP.

Encore une fois, l’Etat-tout-puissant, maladie jacobine s’il en est, ne remonte pas à Colbert mais est bien un symptôme de la République. Voyez par exemple l’attention que porte Colbert aux complaintes des marchands mis en difficulté par les contrôles de l’Etat dans ce bouquin.

Toujours utile de rappeler cela à l’heure où certains de nos camarades parlent encore de barrières douanières avec la Chine (les pauvres, réveillez-les, faites-les voyager, présentez leur les chiffres, faites quelque chose). Les mêmes qui, au passage, vous parlent de puissance (et Aron, alors ? et la puissance économique ? et Louis XIV ?), de réalisme, de politique comme science du conflit… etc

Des perchés.

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